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Moyen-Orient : Marco Rubio exclut tout péage sur le détroit d'Ormuz devant des pays du Golfe rendus méfiants

Interventions médiatiques |

citée par Virginie Robert dans

  Les Echos 

 
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En tournée au Moyen-Orient, le chef de la diplomatie américaine a voulu rassurer des alliés bien malmenés par la guerre des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran. Mais il n'a pas abordé le sujet de la reconstruction.

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Marco Rubio Secrétaire d'État des États-Unis
Marco Rubio, Secrétaire d'État des États-Unis
Maxim Elramsisy/Shutterstock.com
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La tournée du secrétaire d'Etat Marco Rubio dans les pays du Golfe n'avait rien d'une sinécure. Comment redonner confiance à des alliés qui n'ont pas été écoutés lorsqu'ils imploraient d'éviter une nouvelle guerre au Moyen-Orient, qui ont fait les frais des représailles iraniennes parce qu'ils abritaient des bases américaines, et qui voient aujourd'hui les Etats-Unis pactiser avec la République islamique en lui offrant des tombereaux d'incitations financières pour rouvrir le détroit d'Ormuz, l'axe de communication vital des pétromonarchies désormais à la main de Téhéran ?

« Nous sommes complètement alignés avec nos partenaires du Golfe », a pourtant assuré Marco Rubio en quittant le Koweït pour Bahreïn, dernière étape de sa tournée qui a commencé à Abou Dhabi dans l'espoir de les rassurer sur la défense de leurs intérêts après la signature d'un protocole d'accord très favorable à l'Iran. 

Pourtant, observe Dorothée Schmid, responsable du programme Turquie/Moyen-Orient de l'Ifri, « il y a des dégâts symboliques très importants puisque l'idée même d'une coexistence entre l'Iran et ses voisins est très compliquée. Et puis il y a une très forte perte de confiance vis-à-vis des principaux alliés. »

Le chef de la diplomatie américaine, qui a rencontré jeudi ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Bahreïn, a surtout cherché à les rassurer sur le retour de la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz. « Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie », a-t-il déclaré à Manama.

« Il y a zéro soutien parmi les pays du Golfe à la mise en place de péage, de redevances ou de toute autre forme de tarification liée à l'utilisation des eaux internationales », a insisté Marco Rubio. Le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn, Abdullatif ben Rashid Al Zayani, qui présidait la réunion, a salué l'annonce d'Oman de la mise en place d'un corridor pour assurer le passage sécurisé des navires dans le détroit.

Fragmentation

Le chef de la diplomatie américaine n'a pas abordé le fonds de reconstruction pour l'Iran de 300 milliards de dollars évoqué dans l'accord, mais sans précision sur son abondement ni son objet.

Les Etats du Golfe redoutent d'être mis à contribution - alors que les Emirats arabes unis demandent de leur côté des réparations à l'Iran -, mais craignent aussi que Téhéran n'utilise ces ressources pour relancer ses capacités militaires.

Les pétromonarchies aimeraient se faire entendre davantage, mais elles ne sont pas sur un pied d'égalité alors que débute la phase de négociation de soixante jours entre les Etats-Unis et l'Iran. Les représailles de Téhéran sur les pays du Golfe ont en effet accentué un phénomène de fragmentation entre les différents Etats.

Ainsi, Oman, qui a souvent servi de médiateur sur la question nucléaire, a été rétrogradé par les Etats-Unis, qui considèrent qu'il est trop proche de l'Iran. Il est également très mal considéré par ses voisins depuis qu'il cherche à établir avec l'Iran des frais de service pour le passage du détroit d'Ormuz. « Ils étaient présents à la réunion d'aujourd'hui et ont déclaré qu'ils n'étaient pas favorables au système de péage », a affirmé Marco Rubio.

De leur côté, les Emirats arabes unis ont été lourdement attaqués. Ils sont sortis de l'Opep pour reprendre leur liberté sur leurs capacités de production et sont décidés à renforcer une alliance sécuritaire avec Israël. Mais ils sortent du conflit condamnés à être passifs dans des négociations qui reviennent au Pakistan, à l'Egypte, à la Turquie et au Qatar, sur qui ils comptent pour faire passer leurs messages.

Clivage

L'Etat gazier, dont l'économie a beaucoup pâti des frappes comme du blocus iranien, revient en première ligne comme médiateur alors qu'on a beaucoup reproché à Doha sa proximité avec l'Iran. Mais cela fait des mois que le Qatar multiplie les promesses d'investissements aux Etats-Unis (encore dernièrement au G7 d'Evian) et les cadeaux somptuaires envers le président américain, à commencer par un Boeing 747, qui vient d'entrer en service comme Air Force One.

Doha a su reprendre pied dans la négociation entre Washington et Téhéran, dans les pas du Pakistan. Ce dernier ayant « peu de leviers régionaux, agira à travers le fameux quartet de médiateurs auquel le Qatar s'est ajouté », note Dorothée Schmid. « C'est très important pour les Qataris. Ils veulent un système de sécurité qui préserve le hub énergétique du golfe Persique, un sujet vital pour eux, mais souhaitent inclure dans la négociation d'autres théâtres, y compris celui de la mer Rouge », explique-t-elle.

Quant à l'Arabie saoudite, « il y a un clivage entre ceux qui considèrent que, finalement, la précédente réconciliation avec l'Iran suffit et ceux qui pensent qu'il faudrait au contraire aller plus loin vers une forme d'intégration économique régionale. Mais si l'accord avec les Etats-Unis ne fonctionne pas, les Saoudiens seront mis en position de responsabilité. Et c'est aussi pour ça qu'ils ont négocié eux-mêmes un accord de sécurité avec le Pakistan », explique la chercheuse.

« Au cours des six mois à venir, personne n'a complètement confiance dans la capacité des Etats-Unis d'un côté et des Iraniens de l'autre, à parvenir à s'entendre. Et donc, on observe plein de canaux de négociations parallèles qui s'ouvrent ou qui se dessinent », souligne-t-elle.

 

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Dorothée SCHMID

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Responsable du programme Turquie/Moyen-Orient de l'Ifri

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Marco Rubio, Secrétaire d'État des États-Unis
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