Moyen-Orient : un accord de paix encore incertain malgré les déclarations de Trump
La conclusion d’un accord entre Washington et Téhéran serait une bonne nouvelle pour l’économie mondiale. Mais il n’apaisera pas les tensions qui menacent la stabilité de la région, et que la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran a encore aggravées.
C’est devenu un running gag. Tous les deux jours, ou presque, Donald Trump claironne avec emphase qu’un accord avec l’Iran est sur le point d’être conclu. Parfois l’annonce prend des allures d’ultimatum, lestée de menaces en majuscules. Au mieux Téhéran confirme des progrès, puis tout recommence. Selon un décompte de CNN, le président américain a déjà affirmé qu’un accord était imminent à une quarantaine de reprises.
Et si cette fois c’était la bonne ? Téhéran a indiqué ce samedi que les négociations pourraient aboutir dans « les prochains jours », tout en excluant de donner satisfaction à un président américain visiblement désireux de brandir une signature dimanche, jour de son anniversaire. Selon le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, le texte discuté prévoit la levée du blocus américain des ports iraniens ainsi qu’une nouvelle gestion du détroit d’Ormuz. Le projet d’accord prévoirait également un droit à l’enrichissement d’uranium ainsi que le déblocage rapide de 24 milliards de dollars de fonds iraniens gelés à l’étranger.
Concilier des intérêts divergents
« Les États-Unis et Israël cherchent un alignement sur ce dossier. C’est une des raisons pour lesquelles la position américaine apparaît tellement erratique. Ils doivent trouver une position qui les satisfasse, avec un enjeu électoral très important pour Trump de mettre fin à une guerre très impopulaire dans les milieux MAGA, mais qui rassure également les Israéliens sur leurs perspectives de sécurité. Pour les Israéliens, ce qui est central, c’est le nucléaire et les capacités balistiques de l’Iran », analyse Dorothée Schmid, responsable du programme Turquie et Moyen-Orient à l’Institut français des relations internationales (IFRI).
Le dossier libanais illustre aussi ces divergences. L’État hébreu souhaite l’exclure des négociations pour garder les mains libres au Liban, où l’armée israélienne a lancé une offensive contre le Hezbollah soutenu par l’Iran. Un haut responsable américain a indiqué vendredi que le Liban était bien inclus dans l’accord en discussion, comme l’exige Téhéran depuis le début des négociations.
Stratégies d’alliances
Loin d’apaiser les tensions au Moyen-Orient, la décision d’Israël et des États-Unis d’attaquer l’Iran semble avoir encore exacerbé les antagonismes. Non seulement le régime des mollahs ne s’est pas écroulé, mais il s’est encore durci.
« Beaucoup d’analystes considèrent que l’Iran, aujourd’hui, a réussi à établir un glacis stratégique et renforcer sa capacité de dissuasion. Il a matérialisé une menace existentielle pour les pays du Golfe. On a aussi vu que les fameux proxies n’ont pas disparu », reprend Dorothée Schmid.
S’il conserve intactes ses capacités de nuisance, l’Iran sort toutefois du conflit très affaibli sur le plan économique, militaire et diplomatique.
Le conflit n’a pas non plus remis en cause les stratégies d’alliance des monarchies du Golfe. L’Arabie saoudite a encore accéléré son rapprochement avec la Turquie, pour faire contrepoids au partenariat stratégique des Émirats arabes unis et d’Israël. Le moteur d’une future rivalité entre Ankara et Tel Aviv ?
« Les Turcs ont beaucoup de contentieux avec Israël, notamment en Syrie, et les Israéliens deviennent obsédés par l’idée d’une menace turque qui s’ajouterait à la menace iranienne. C’est pour cela qu’ils sont en train d’armer les Grecs et les Chypriotes en jouant sur l’antagonisme avec la Turquie », explique Dorothée Schmid.
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