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Pour l’Ukraine , “un cessez - le - feu serait la pire des solutions après la capitulation”

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Interviewé par Valentin Dauchot dans

  La Libre Belgique  

 
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Face aux pressions de Washington et à l’intransigeance de Moscou, les dirigeants ukrainiens disent rester ouverts à l’idée de signer un cessez-le-feu. Mais dans le contexte actuel, un gel du conflit serait inapplicable, inéquitable et impossible à contrôler, estime le chercheur français Stéphane Audrand.

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Fortifications de dents de dragon et barbelés dans la région de Kharkiv, en Ukraine, pendant la guerre russo-ukrainienne
Fortifications de dents de dragon et barbelés dans la région de Kharkiv, en Ukraine, pendant la guerre russo-ukrainienne
Drop of Light/Shutterstock.com
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Washington pousse en ce sens et l’Ukraine dit rester ouverte à la question. Pour Stéphane Audrand, chercheur associé au Centré des études de Sécurité de l’Institut français des relations internationales (IFRI), un cessez-le-feu dans les conditions actuelles constituerait toutefois “la pire des solutions après une capitulation” pour le peuple ukrainien. Entretien.

Pourquoi un cessez-le-feu en Ukraine ne serait-il pas du tout souhaitable, selon vous ?

Il y a beaucoup de confusion entre les notions de cessez-le-feu, arrêt des combats, capitulation et traité de paix. Le cessez-le-feu désigne uniquement le fait d’arrêter de se battre : tout se fige sur la ligne de contact, ce qui ne résout donc absolument rien sur le fond. Même si un arrêt des combats demeure positif pour sauver des vies, encore faudrait-il qu’il soit respecté. Or, dans le cas de l’Ukraine cela semble compliqué.

Pourquoi ?

Je cite souvent l’exemple de la Corée du Nord et la Corée du Sud en guise de cessez-le-feu réussi et durable. Or, toutes les conditions étaient réunies. Sur le plan militaire, le 38e parallèle était une ligne assez claire et limitée, la péninsule coréenne n’étant pas très large. La guerre qui opposait les deux camps était positionnelle depuis plus de deux ans, et les deux sponsors de la guerre – la Chine et les États-Unis – n’avaient plus du tout envie de se battre. En Ukraine, la ligne de contact est démesurément longue avec ses 1 500 km. La Russie ne veut pas de ce cessez-le-feu et aura sans doute toujours envie de se battre, dans un monde où il n’a jamais été aussi facile de lancer des objets en l’air en disant “C’est pas moi, c’est l’autre”. Les drones permettent à la fois de mieux surveiller une frontière et de lancer des agressions avec un déni plausible, comme l’Europe en fait désormais quotidiennement l’expérience. Les Russes pourraient donc très facilement recourir à des personnes infiltrées en Ukraine pour en faire partir des drones et initier des actes de guerre sous faux drapeau.

Quid d’une force internationale de maintien de la paix ?

Les Russes ne veulent pas entendre parler de troupes occidentales en Ukraine. Ils ont déjà évoqué l’idée d’avoir des forces d’interposition pakistanaises, chinoises, etc., mais cela paraît peu acceptable pour les Européens. Ajoutons à cela que les déploiements de forces dites “de maintien de la paix” affichent de toute façon des résultats médiocres. La Finul (Forces des Nations unies) au Liban a connu une litanie d’échecs. Les observateurs de l’OSCE déployés dans le Donbass en 2015 sont demeurés incapables d’attribuer les violations du cessez-le-feu et se contentaient de les compter. Dans le cas de la Somalie, les forces de maintien de la paix étaient armées par des pays qui n’ont pas ou peu d’expérience militaire, et venaient souvent pour prendre le chèque des Nations unies. Même si une force de maintien de la paix était constituée, il faudrait encore être capable de sécuriser cette ligne de contact de 1500 km. Ça en ferait la plus gigantesque opération d’interposition qu’on ait jamais vue, que personne – à mon avis – n’est capable de monter.

Que reste-t-il comme options ?

La création d’une vraie zone démilitarisée où chaque camp accepte de se retirer à bonne distance pour former une réelle zone tampon. Là encore, ce serait colossal. Vu la capacité d’agression des deux camps avec l’artillerie à longue portée et les drones, il faudrait zone démilitarisée qui fasse au minimum 40 à 50 km de profondeur. Pour les Ukrainiens, cela reviendrait à abandonner leur ligne fortifiée dans le Donbass, ce qui constituerait une catastrophe, parce que derrière cette ligne, il n’y a plus rien hormis une grande plaine. Ajoutez encore à cela qu’une zone neutre aussi profonde sur 1 500 km représente une énorme portion de territoire ukrainien perdu, miné et couvert de barbelés pour peut-être 50 ans.

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Valentin Dauchot

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Stéphane Audrand

Stéphane AUDRAND

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Chercheur associé, Centre des études de sécurité de l'Ifri

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Fortifications de dents de dragon et barbelés dans la région de Kharkiv, en Ukraine, pendant la guerre russo-ukrainienne
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