Prudence diplomatique, enjeux économiques, soupçons de ventes d'armes… Comment se positionne la Chine dans la guerre au Moyen-Orient
Confrontée à une guerre qui met à mal ses intérêts, Pékin choisit, fidèle à son habitude, d'avancer ses pions discrètement, cherchant à paraître comme le garant de la paix face aux discours violents de Donald Trump.
La Chine hausserait-elle le ton, après un mois et demi de conflit ? Le président Xi Jinping a réagi aux développements dans la guerre au Moyen-Orient, mardi 14 avril, à l'occasion d'une rencontre avec le prince héritier d'Abou Dhabi, Khaled ben Mohammed ben Zayed Al Nahyane. "Préserver l'autorité du droit international ne doit pas vouloir dire l'utiliser quand cela nous arrange, et le rejeter quand ce n'est pas le cas", a critiqué le dirigeant, deux jours après l'annonce du blocus naval du détroit d'Ormuz par Donald Trump, alors que l'Iran a affirmé vendredi l'avoir "entièrement ouvert" pour le reste du cessez-le-feu.
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Une diplomatie volontiers "ambiguë"
Au premier jour de la guerre, la diplomatie chinoise a rapidement dénoncé les premières frappes israélo-américaines contre Téhéran, fustigeant "une violation du droit international". La mort du guide suprême iranien, Ali Khamenei, "constitue une grave violation de la souveraineté et de la sécurité de l'Iran", a-t-elle ajouté, appelant au respect des "normes fondamentales régissant les relations internationales".
En défendant "la souveraineté, la sécurité et l'intégrité territoriale de tous les pays du Golfe", Pékin fait preuve d'un soutien "timoré" à l'égard de son partenaire iranien, poursuit auprès de franceinfo Marc Julienne, directeur du Centre Asie de l'Ifri.
"Prendre parti fermement du côté de Téhéran, c'est potentiellement s'aliéner d'autres partenaires : les pays du Golfe" touchés par les répliques iraniennes. La Chine ne souhaite pas non plus aggraver ses relations avec les Etats-Unis, dans un contexte de 'réchauffement' [des relations] entre Xi Jinping et Donald Trump."
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Dans le conflit opposant Washington et Tel-Aviv à Téhéran, la Chine a ainsi présenté un plan en cinq points(Nouvelle fenêtre) avec l'aide du Pakistan, afin de "restaurer la paix et la stabilité" au Moyen-Orient. L'initiative, présentée fin mars, a exhorté les belligérants à cesser "immédiatement les hostilités", à lancer des négociations de paix et à assurer, entre autres, la sécurité des infrastructures civiles.
Après l'échec des négociations entre l'Iran et les Etats-Unis au Pakistan, Xi Jinping a promis, mardi, que son pays "continuerait à jouer un rôle constructif" pour la reprise des pourparlers.
"Il y a un manque d'expérience de la Chine dans le domaine de la médiation en temps de crise", juge Marc Julienne. "Pour moi, le Pakistan est leader dans ces négociations."
Des intérêts économiques en Iran et dans le Golfe
Cette image de médiateur s'explique aussi par les importants et divers intérêts chinois au Moyen-Orient, de l'Iran aux pays du Golfe. "Elle a de bonnes relations avec chaque partie", note Marc Julienne.
"Parler, commercer avec tout le monde, c'est le sésame de la Chine, c'est son avantage au Moyen-Orient. Il est important pour Pékin de préserver cela.", Marc Julienne, directeur du centre Asie à l'Institut français des relations internationales à franceinfo
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"L'Iran représente 13-14% des importations totales de pétrole en Chine. Pour l'ensemble de la région du Golfe, on se situe autour de 50%", précise Marc Julienne.
Dans ce contexte, le blocus naval de la zone stratégique décrété par Donald Trump n'a pas été du goût de sa grande rivale. Cette fois, les déclarations se sont durcies, Guo Jiakun, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, dénonçant lors d'un point presse "un comportement dangereux et irresponsable".
La Chine "subit cette situation", observe Marc Julienne, avec des conséquences sur le plan intérieur, puisque "le prix du pétrole a augmenté".
Elle faisait d'ailleurs partie des pays participant à la conférence organisée vendredi par la France et le Royaume-Uni pour restaurer la libre circulation dans la zone.
Donald Trump rêve d'une câlinothérapie chinoise
Si la Chine peut voir venir, les Etats-Unis paraissent, eux, décidés à ne pas la laisser agir en coulisse. Des sources proches des services de renseignement ont ainsi confié à CNN que Pékin entendait vendre des armes à l'Iran pour combattre les troupes américaines et israéliennes.
Dans une entrevue à la télévision américaine Fox Business, Donald Trump a affirmé mercredi avoir écrit à Xi Jinping pour lui réclamer de ne pas aller dans cette direction. En réponse, son homologue l'a assuré que "ce n'est pas ce qu'il faisait", a rapporté le milliardaire. Deux jours plus tôt, Guo Jiakun avait rejeté des "calomnies sans fondement" et des "accusations malveillantes".
Marc Julienne reste "très prudent" face à ce qui constituerait un "changement très significatif" de la part de la Chine.
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>> Un article à lire en intégralité sur le site de France Info.
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