À quoi joue la Chine au Moyen-Orient ? "En proportion, sa réputation internationale est au-dessus de celle des États-Unis"
Victime silencieuse du blocage du détroit d’Ormuz, rivale immobile des États-Unis, la Chine se contente-t-elle d’attendre la fin de la guerre au Moyen-Orient et l’enlisement des Américains pour prendre une place plus importante dans les relations internationales ? Décryptage dans Le Monde en direct avec Marc Julienne, directeur du Centre Asie de l'Ifri.
Elle était aux côtés du Pakistan fin mars pour appeler à un cessez-le-feu. Depuis qu'Islamabad accueille effectivement, et tant bien que mal, des négociations entre les États-Unis et l'Iran, la Chine est introuvable. "On ne les entend pas beaucoup se prononcer officiellement, ni affirmer qu’ils font partie du processus de paix. On pense qu’ils soutiennent l’initiative du Pakistan, mais Pékin joue un rôle assez marginal pour le moment", estime Marc Julienne.
Est-elle affaiblie économiquement par le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran, et par celui de l'Iran par les États-Unis ? "Les importations de pétroles de la Chine depuis le Golfe représente 50% de ses approvisionnements". Mais selon le chercheur, "elle a aussi les plus importants stocks stratégiques du monde, qui lui permettent d'être autonome environ quatre mois. La Russie l'approvisionne également par pipeline. La Chine est en fait moins exposée que d'autres pays d'Asie comme le Japon, qui dépend à 90% des approvisionnements d'hydrocarbures venants du Golfe".
Même si "elle a de quoi voir venir, elle subit l'augmentation des coûts de l'énergie, de la production, et des exportations, qui sont le moteur de l'économie chinoise". De quoi, peut-être, réveiller la diplomatie chinoise pour terminer la guerre ?
L’imprévisibilité de Donald Trump, au service du récit chinois
L'enlisement du conflit au Moyen-Orient, s'il est mauvais pour l'économie, est aussi une opportunité diplomatique pour la Chine, explique Marc Julienne : "Elle peut tirer profit du profond discrédit de la puissance américaine. La politique étrangère et la communication de Donald Trump sont totalement erratiques, ça va dans tous les sens. Tous les alliés et partenaires des États-Unis sont fébriles, et dans une incertitude très forte la Chine pourrait en bénéficier".
L'imprévisibilité et l'apparente incohérence des déclarations du président attesteraient la conviction que partage Xi Jinping avec le russe Vladimir Poutine : "L'Occident décline, l'Orient émerge".
Des limites à l’expansion de la puissance chinoise
"La réputation de la Chine n'est pas meilleure, elle va simplement être proportionnellement au-dessus des États-Unis", précise l'expert de la géopolitique en Asie. Autour d'elle, la Chine continue d'inquiéter tous ses voisins. "Pour eux, Pékin est loin d'être une puissance de stabilité, mais qui au contraire utilise la coercition pour imposer sa volonté".
Pour l'Occident, et en particulier l'Europe, l'effacement de la Chine dans les conflits ukrainiens et iraniens peut lui donner l'image "d'un partenaire économique fiable en temps de paix, mais sur lequel on ne peut pas compter en temps de crise. Je ne pense pas qu'il y ait une flambée de confiance et d'attractivité diplomatique pour la Chine".
Paradoxalement, la guerre en Iran ou l'opération militaire au Venezuela démontrent autant l'instabilité de la politique américaine que sa puissance militaire et opérationnelle. "Ce sont des opérations de grande ampleur, interarmées, à l'autre bout du monde, très complexe. Après 25 ans de montée en puissance militaire et économique, la Chine est encore très loin d'être en mesure de faire la même chose. Il y a une certaine jalousie même", analyse Marc Julienne.
Le rôle discret de la Chine dans la guerre en Iran serait moins un élément d'une stratégie d'influence diplomatique sur le long terme, que la preuve qu'elle "reste toujours aujourd'hui un acteur marginal des relations internationales".
>> Un article à retrouver sur le site de la RTBF.
Média
Journaliste(s):
Format
Partager