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Reprise des hostilités au Moyen-Orient : « Ces dernières 24 heures, un seuil a été franchi entre les États-Unis et l’Iran »

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interrogé par Madeleine Meteyer dans

  Le Figaro 

 
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Pour Clément Therme, chercheur associé à l'Ifri, auteur d’Iran/Israël, la guerre idéologique tout juste paru chez Tallandier, la crise actuelle repose sur une divergence d’interprétation de l’accord de cessez-le-feu du 17 juin, où nous sommes « passés d’une trêve armée à une bataille d’Ormuz » et se déroule simultanément sur trois terrains : la négociation diplomatique, la guerre économique et l’affrontement militaire.

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Iran, 2 juillet 2026 - Détroit d'Ormuz
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De nouveau, les États-Unis ont frappé l’Iran, en visant environ 140 cibles militaires en 24 heures. En riposte, l’Iran a annoncé la fermeture du détroit d’Ormuz avant de lancer des attaques contre plusieurs pays de la région, dont le sultanat d’Oman.

Selon Clément Therme, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (IFRI) et auteur d’Iran/Israël, la guerre idéologique (Tallandier, avril 2026), nous sommes, « passés d’une trêve armée à une bataille d’Ormuz ». Qui se déroule simultanément sur trois terrains : la négociation diplomatique, la guerre économique et l’affrontement militaire.

L’attaque, en début de semaine, d’un porte-conteneurs chypriote dans le détroit d’Ormuz a relancé, une fois de plus, les hostilités entre les États-Unis et l’Iran. Vous aviez à cette occasion qualifié dans nos pages la relation entre les deux pays de « trêve armée ». En quoi ces 24 dernières heures sont-elles un tournant ? 

Ces 24 dernières heures, un seuil a été franchi. Les frappes américaines de ces derniers jours sont les plus importantes depuis l’accord de cessez-le-feu du 17 juin. Même si les discussions se poursuivent, l’administration Trump affirme d’ailleurs que nous sommes entrés dans une période « post-cessez-le-feu ». Ce qu’on voit, c’est que les acteurs, ne parvenant pas à atteindre leurs objectifs politiques par les négociations, recourent à la force. Mais ils en constatent également les limites. On peut dire que nous sommes passés d’une trêve armée à la bataille d’Ormuz.

Le détroit d’Ormuz, contrôlé par l’Iran, n’est plus la seule voie de transit de pétrole. L’Iran se sent aujourd’hui menacé par le projet de réouverture d’une troisième route de commerce située dans les eaux territoriales omanaises. Il considère qu’elle contrevient à l’accord de cessez-le-feu de juin. Pourquoi ?

En fait, toute la crise actuelle repose sur une divergence d’interprétation de l’article 5 de  cet accord de principe signé le 17 juin . Cet article dispose que l’Iran prendra les dispositions nécessaires pour permettre une circulation libre, sans entrave et sans péage dans le détroit d’Ormuz pendant deux mois. Pour Téhéran, ces « arrangements » signifient que la circulation doit passer par la route située dans les eaux territoriales iraniennes. Les Américains répondent qu’il existe également les eaux territoriales omanaises et que l’Iran ne peut pas prétendre contrôler les eaux territoriales d’un autre État.

Aujourd’hui, il existe un consensus régional et international en faveur du projet américain de réouverture de cette troisième route par les eaux territoriales omanaises.

Cette divergence d’interprétation était-elle prévisible dès la signature ?

Depuis la première seconde ! En langage diplomatique, c’est ce qu’on appelle l’ambiguïté constructive. Elle permet de parvenir à une solution. Une fois que les Iraniens ont obtenu ce qu’ils souhaitaient, c’est-à-dire pouvoir déstocker et exporter leur pétrole, et que les Américains ont obtenu une  baisse des prix du pétrole , les effets recherchés par les deux parties ont été atteints. Il est donc cohérent que l’on revienne ensuite à des formes d’escalade de faible intensité.

Le risque, pour la République islamique, est maintenant de provoquer le ralliement des pays voisins à une intervention militaire américaine. C’est un changement majeur : en février, les États de la région n’étaient pas disposés à soutenir des frappes américaines.

Qui est aujourd’hui en train de l’emporter ?

Il faut être prudent. Les États-Unis n’ont pas gagné. Mais les Iraniens n’ont pas gagné non plus. Il y a un risque d’effondrement économique du côté iranien, notamment avec la perspective d’un retour du blocus maritime américain. La République islamique navigue à courte vue. Toutes les décisions qu’elle prend à court terme peuvent entraîner sa chute à moyen ou à long terme. Les États de la région contourneront, à terme, le détroit d’Ormuz. Surtout, il ne faut pas confondre capacité de nuisance et capacité de convaincre. L’Iran est de plus en plus isolé.

Pourquoi ni la diplomatie ni la force militaire ne permettent-elles de sortir de cette crise ?

Parce que chacune des deux parties se heurte aux limites de sa propre stratégie. Du côté américain, l’option militaire via la force aérienne, ne permet pas d’empêcher totalement l’Iran de perturber la circulation maritime dans le détroit. Une escalade plus importante aurait des conséquences sur le marché pétrolier mondial, provoquerait une hausse des prix et aurait un coût politique pour le consommateur américain six mois avant  les élections de mi-mandat .

Du côté iranien, l’escalade horizontale ne permet pas d’obtenir un consensus régional autour d’une domination militaire de l’Iran dans le détroit d’Ormuz. Au contraire, cette stratégie met en danger le projet lui-même. Bombarder le sultanat d’Oman, même en affirmant viser des bases militaires, revient à frapper un autre état souverain. Et puis si Téhéran s’en prend aux zones de production d’hydrocarbures de la région, les États-Unis élargiront à leur tour leurs cibles, notamment aux centres de production iraniens. Chaque décision américaine ou iranienne produit ainsi des effets indésirables. C’est pourquoi nous observons cette alternance permanente entre escalade et désescalade.

Qu’attendent les pays de la région ? 

La situation idéale serait un retour à la situation antérieure au 28 février. Pour les États-Unis aussi. La République islamique répond, elle, qu’il n’y aura pas de retour à cette situation, tout simplement parce qu’elle ne rendra pas par la diplomatie ce qu’elle estime avoir obtenu par la force militaire : une capacité de nuisance.

À quoi faut-il s’attendre dans les prochaines semaines ?

[...]

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Madeleine Meteyer

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Clément Therme

Clément THERME

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Chercheur associé, Programme Turquie/Moyen-Orient de l'Ifri

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Iran, 2 juillet 2026 - Détroit d'Ormuz
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