Message d'Emmanuel Macron, président de la République française, à la World Policy Conference 2026
Lors d’une allocution à la World Policy Conference 2026, le président français expose sa vision d’une France puissance d’équilibre évoluant dans un contexte international marqué par l’instabilité et l’érosion des alliances traditionnelles.
Face à l’incertitude entourant le soutien américain et aux tensions en Ukraine et en Iran, il préconise la formation d’une coalition des indépendants regroupant des nations souveraines attachées au droit international. Cette stratégie repose sur une autonomie stratégique européenne renforcée, englobant les domaines de la défense, de l'industrie et de la technologie pour éviter toute vassalisation. Le discours souligne l'importance de nouveaux partenariats avec des puissances émergentes et l’Afrique afin de bâtir un multilatéralisme efficace et pragmatique. En prônant une troisième voie diplomatique, la France aspire à stabiliser l’ordre mondial tout en défendant ses intérêts propres et la souveraineté collective de l’Europe.
Titre Edito
Transcription du message d'Emmanuel Macron adressé aux participants de la World Policy Conference 2026
Transcription du message d'Emmanuel Macron adressé aux participants de la World Policy Conference 2026
« Mesdames et messieurs, cher Thierry, c'est un honneur pour notre pays d'accueillir la World Policy Conference à Chantilly. À l'heure où le principe même de coopération internationale est remis en cause par certains, votre mission qui consiste à penser à un monde plus ouvert, plus prospère et plus juste dans le respect de chaque nation est une nécessité absolue. Je ne peux pas être à vos côtés aujourd'hui mais je tenais à vous dire quelques mots sur les grands axes diplomatiques de notre action. Nous vivons un moment de bascule, c'est une platitude de le dire et beaucoup de ce qui étaient des évidences sont remises en cause. Nous l'avions vu avec les guerres impérialistes menées par des membres permanents du Conseil de sécurité, la guerre d'agression russe en Ukraine. Nous l'avions vu par un commerce international bousculé. Nous le voyons aujourd'hui avec la guerre lancée en Iran.
Mais la fragmentation, la multiplication des crises, le retour décomplexé des logiques de puissance et des empires très clairement redéfinit beaucoup de cet ordre international et définit, je dirais, sur une forme d'anomie. Alors, face à ce désordre justement qui est autour de nous, la France refuse d'être simplement commentatrice. Nous tentons d'agir avec une ambition claire que je déploie, que j'ai essayé d'expliquer à nos ambassadrices et ambassadeurs depuis le premier discours que j'ai pu leur faire en parlant ce concept d'être une puissance d'équilibre qui contribue à la paix et à la stabilité, c'est-à-dire une puissance qui refuse l'alignement systématique, qui prône son indépendance.
Indépendance d'une voie française et européenne, ce qui suppose une souveraineté, une autonomie stratégique et beaucoup de choses qui relèvent de la technologie, de l'industrie, de la défense mais qui aussi cherchent à composer, ils font une troisième voie avec des solutions coopératives là où d'autres imposent des blocs mais une troisième voix qui repose sur des intérêts bien compris de chacun mais au fond au service aussi du droit international et donc qui refuse les doubles standards. Je crois que cette voix est cohérente et qu'elle est en train de révéler sa force. Et au fond, par petite touche qu'on a fait ces dernières années, une Europe plus forte, une politique indopacifique qui incarne cette troisième voie, une politique avec l'Afrique reposant sur un partenariat nouveau, une politique de réengagement avec les puissances émergentes, politique de respect, de développement de partenariat d'avenir avec nos grands partenaires historiques du Japon au Canada.
Tout cela dessine une carte de ce qui est, au fond, la coalition des indépendants à laquelle nous croyons. Et je crois que c'est ça qui doit peser dans l'ordre international tel que nous le vivons. Cette coalition des indépendants, c'est celle qui veut bâtir ensemble des solutions face à ces crises au moment même où ceux qui devraient nous être les garants en dernier ressort de l'ordre international ne jouent plus leur jeu, leur rôle. Je vais prendre à cet égard trois exemples très simples. L'Ukraine. En Ukraine, au fond, nous avons constaté début 2025 que les États-Unis d'Amérique, nous n'étions plus totalement sûr de savoir s'ils allaient continuer d'aider l'Ukraine durablement, s'ils n'allaient pas pousser à la capitulation.
L'initiative que nous avons prise dès le mois de février à Paris puis que nous avons structurée en franco-britannique a permis de construire cette coalition des volontaires pour l'Ukraine, assurant les garanties de sécurité de celle-ci le jour où une paix sera assignée pour que cette paix soit durable. Cette coalition des volontaires rassemble les Européens, les Canadiens. Quand je dis les Européens, je parlais également des Britanniques, des Norvégiens qui sont de très grands contributeurs. Les Canadiens, donc les Balkans mais également la Nouvelle-Zélande, le Japon, l'Australie qui sont à nos côtés. Cet axe permet véritablement de produire des solutions utiles et pour la première fois, nous avons planifié ensemble justement des opérations pour apporter ces garanties de sécurité.
Nous avons pesé dans les discussions à coup sûr durant cette année 2025 et au début de cette année 2026 pour éviter le détricotage et nous avons su début 2026 réengager les Américains pour apporter leur contribution, c'est-à-dire un soutien mais sans être en première phase et nous avons agrégé cette réponse diplomatico-militaire. Deuxième exemple que je voudrais prendre, c'est ce que nous sommes en train de faire au Moyen-Orient avec justement la réunion qui s'est tenue il y a quelques jours à Paris pour l'ouverture du détroit d'Ormuz. Depuis le premier jour, la France en Iran a une position très simple, très claire. Nous sommes pour le respect du droit international, pour le retour à la paix le plus rapidement possible, pour la reprise des négociations traitant de la question du nucléaire, du balistique, des déstabilisations régionales pour intégrer évidemment aussi un cadre international et respectueux qui soit tenu sur Ormuz et donc la liberté de navigation.
Nous, nous défendons ce cadre depuis le début en même temps que nous sommes allés au côté des États du golfe avec lesquels nous avons des accords de défense pour les aider à se protéger. Ce cadre-là est le bon et sur Ormuz, nous avons réuni 49 états. 49 qui étaient là. Là aussi sous pilotage franco-britannique avec l'Union européenne, avec l'Organisation Maritime internationale et l'objectif a été de bâtir le cadre diplomatique militaire mais strictement défensif en déconflictant avec l'Iran le jour venu et dans le si le cas se présenter mais aussi technique financier d'assurance pour pouvoir assurer une reprise du trafic à travers cet axe. C'est une avancée importante.
C'est aussi ce cadre-là qu'on veut promouvoir pour continuer à soutenir le Liban, défendre son intégrité territoriale et sa souveraineté. Mais je veux ici souligner que cette mission ad hoc, cette réunion que nous avons tenue, elle vient bousculer au fond toutes les fausses évidences qu'on voulait nous présenter, un sud global qui serait face au nord. Pas du tout. Il y a des gens qui veulent continuer à croire au droit international, qui veulent la paix, qui veulent remettre en place les routes maritimes pour leurs économies souvent parce qu'ils sont très impactés. Mais de l'Asie du Sud-Est à l'Afrique en passant par le Pacifique, l'Europe, le Canada une fois encore ou le continent latino-américain, tout le monde était là et c'est une là aussi une avancée. C'est exactement la même chose à laquelle je crois sur les questions commerciales.
Je pense que beaucoup de pays et en particulier l'Union européenne cette alliance qui est le CPTPP, j'associerai aussi volontiers l'Inde à une telle initiative, croit dans un commerce ouvert, libre, équitable, respectueux du droit international et qui correspond à la plateforme qui est l'OMC sans doute améliorée et plus efficace. Nous devons essayer d'avancer là-dessus sur un agenda commercial mais aussi un agenda stratégique, un agenda sur les minerais critiques, les terres rares au sein de cette coalition des indépendants. Parce que si nous savons bâtir des règles communes pour avancer, et bien nous saurons trouver des solutions et en quelque sorte nous sommes dans une position à ce moment-là beaucoup plus confortable à l'égard des États-Unis et des Chinois. Nous ne sommes les vassaux d'aucun. Nous ne voulons l'hégémonie d'aucun. Nous avançons. Voilà la ligne qui est la nôtre et que nous poursuivons.
J'aurais pu vous parler des initiatives que nous avons prises évidemment sur Gaza, de ce que nous voulons continuer à faire au Proche et Moyen-Orient. J'aurais pu vous parler aussi de notre politique africaine. J'aurai l'occasion dans quelques semaines de la défendre lors du sommet Africa Forward à Nairobi puisque là-dessus nous avons vraiment voulu porter un nouveau partenariat avec le continent africain et qui je crois depuis 2017 et le discours de Ouagadougou en passant par notre politique je crois était assez atypique en lien avec l'Union africaine pendant la période du Covid de coproduction vaccinale ou l'initiative FARM que nous avons prise pour la sécurité alimentaire pendant la guerre. On a montré que là aussi l'Afrique était pour nous un partenaire et qu'on l'intégrait dans cette coalition des indépendants parce qu'on veut que l'Afrique gagne en souveraineté.
Mais au fond, le message principal que je voulais partager avec vous pour vos travaux, c'est de vous dire que nous vivons dans un moment de vérité pour que notre France soit plus indépendante. Diplomatiquement, nous le sommes. Militairement, nous le sommes par un modèle complet d'armée parce que nous avons pris nos responsabilités depuis 10 ans. Nous aurons doublé le budget de nos armées et par notre dissuasion et par notre souveraineté technologique militaire. Nous devons consolider notre souveraineté sur le plan industriel, alimentaire, technologique et de recherche. C'est vital. Et ce rôle dont je parle, cette capacité de traction que nous avons, nous ne pourrons la préserver que si nous savons faire ces efforts. Ensuite, c'est au niveau européen qu'il faut continuer d'avancer pour une Europe plus souveraine. C'est ce que je défends depuis 2017.
Je vois l'aggiornamento idéologique qui est maintenant à l'œuvre assez clairement depuis 2022 et au fond le doute qui s'est installé sur la fiabilité du partenaire américain conduit beaucoup y compris des plus transatlantiques à s'engager plus résolument vers une politique plus européenne. Mais là aussi le diable est dans le détail et il nous faut dans tous les domaines du jeu assurer la préférence européenne, la production européenne, les opérations communes. C'est fondamental. Nous sommes à un moment de sortie de l'état d'innocence géopolitique pour les Européens et de pratique d'une politique de puissance. Elle est indispensable et puis nous devons bâtir des partenariats nouveaux. C'est cette coalition des indépendants à laquelle nous croyons.
C'est aussi pour cela que lorsque dans quelques semaines nous aurons à organiser le sommet du G7 à Évian, et bien nous avons décidé de réunir autour du G7 son format classique quelques puissances démocratiques émergentes qui participent de cette philosophie. L'Inde, la Corée du Sud, le Kenya au titre de sommet commun que nous menons à Nairobi et qui rassemblera, si je puis dire, la voie africaine et le Brésil. Ça n'est pas exhaustif mais ce sont des partenaires importants pour avancer et consolider cette coalition des indépendants à laquelle nous croyons. Et au fond, en effet, une France puissance d'équilibre, une France plus indépendante dans une Europe plus forte et plus indépendante qui est prête à bâtir avec d'autres démocraties et d'autres puissances respectueuses une politique commune qui aura des accords et des désaccords, mais qui nous permet de défendre nos intérêts, de consolider le droit international et de réduire la volatilité et le désordre.
C'est ça qui nous permettra de mettre en œuvre un multilatéralisme efficace, celui que nous défendons sur chacune de ces questions, celui que nous défendons aussi sur les questions climatiques ou les questions de santé comme nous l'avons montré il y a quelques semaines encore à Lyon. J'ai sans doute été trop long, pardonnez-moi, mais c'étaient les quelques convictions que je voulais partager avec vous. Je suis très heureux d'avoir le retour de vos travaux, de vos propres réflexions. Bon courage à tous et à très bientôt. Merci beaucoup. »
> Toutes les informations sur la World Policy Conference 2026
Média
Partager