Rechercher sur Ifri.org

À propos de l'Ifri

Recherches fréquentes

Suggestions

Replay - Accord États-Unis/Iran : impacts et limites

Interventions médiatiques |
Accroche

Un accord intérimaire de 60 jours prévoit la réouverture du détroit d'Ormuz, un plan de reconstruction de l'Iran à hauteur de 300 milliards de dollars, la reprise des exportations pétrolières iraniennes et le dégel de ses avoirs, soutenu par une résolution contraignante de l'ONU.

Image principale médiatique
Conférence Iran - 24 juin 2026
Table des matières
Table des matières
Iframe
body

Géopolitique régionale et rôle des médiateurs
Les pays de la région accueillent favorablement le cessez-le-feu, mais restent inquiets du caractère provisoire de l'accord, selon Dorothée Schmid (Programme Turquie/Moyen-Orient). Une forte fragmentation subsiste : l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis redoutent d'être sollicités pour financer le fonds de reconstruction iranien. On observe par ailleurs une compétition ouverte pour capter l'attention de Donald Trump : le Qatar revient en force comme médiateur, tandis qu'Oman s'efface. Les Émirats misent sur leur relation privilégiée avec Washington et Tel-Aviv dans le cadre des Accords d'Abraham, quand l'Arabie saoudite prend ses distances, au moins temporairement. L'Union européenne, enfin, reste tenue à l'écart des négociations substantielles, malgré les appels des pays du Golfe à consolider un futur parapluie sécuritaire.

Dynamiques internes du régime iranien
Pour Clément Therme, spécialiste de l'Iran, l'accord ne constitue pas une victoire américaine au sens fort : il n'y a pas eu de changement de régime, mais une adaptation tactique de la République islamique pour assurer sa survie économique. L'Iran fait face à une crise sociale majeure — inflation galopante, environ 25 millions d'emplois menacés — qui contraint le pouvoir à rechercher une ouverture. Le régime reste profondément divisé entre les Gardiens de la Révolution, favorables à la ligne dure, et des forces pragmatiques gravitant autour du président Pezeshkian. L'Iran maintient sa capacité de nuisance (contrôle du détroit d'Ormuz, réseaux d'influence régionaux) comme levier de négociation, tout en refusant de transiger sur son programme de missiles et son idéologie transnationale. La reconstruction s'opérera en priorité avec la Chine.

Marchés énergétiques et vulnérabilités européennes
Selon Marc-Antoine Eyl-Mazzega (Centre Énergie et Climat), la réouverture du détroit d'Ormuz a détendu les prix du pétrole et du gaz, évitant une poussée inflationniste avant l'été. La crise n'a pas provoqué d'explosion des prix grâce à deux facteurs conjugués : la réduction des importations chinoises, portée par l'électrification rapide et le recours aux stocks, et la mobilisation massive des réserves stratégiques américaines. Les stocks de gaz européens se situent actuellement à 47 % — le remplissage avant l'hiver reste un enjeu prioritaire. L'Europe demeure par ailleurs vulnérable du fait de ses insuffisances en capacités de raffinage et de sa dépendance croissante au GNL américain. L'objectif de politique énergétique s'oriente désormais vers la résilience et la diversification, davantage que vers la décarbonation à court terme.

Dossier nucléaire et risques de prolifération
Éloïse Fayet (Dissuasion et Prolifération) se montre très sceptique quant aux perspectives d'un accord sérieux en 60 jours. L'AIEA n'a plus accès aux sites iraniens depuis juin 2025, et l'Iran détient un stock d'environ 10 tonnes d'uranium enrichi, ce qui exige un contrôle technique rigoureux plutôt qu'un accord de principe flou. Bien que la dissuasion conventionnelle iranienne ait montré ses limites lors des récents affrontements, l'Iran ne devrait pas s'orienter vers le modèle nord-coréen d'isolement total, en raison de son poids économique et de sa position géographique. Les ambitions nucléaires de l'Arabie saoudite — avec l'aide pakistanaise ou américaine envisagée — s'analysent quant à elles surtout comme un signal adressé à Washington pour obtenir des garanties de sécurité face à la menace iranienne.

Decoration

Partager

Decoration
Auteurs
Photo
Marc HECKER

Marc HECKER

Intitulé du poste

Directeur exécutif de l'Ifri, rédacteur en chef de Politique étrangère et chercheur au Centre des études de sécurité de l'Ifri

Photo
Héloïse FAYET

Héloïse FAYET

Intitulé du poste

Chercheuse, responsable du programme dissuasion et prolifération, Centre des études de sécurité de l'Ifri

Photo
photo_marc-antoine_eyl-mazzega_site.png

Marc-Antoine EYL-MAZZEGA

Intitulé du poste

Directeur du Centre énergie et climat de l'Ifri

Photo
crance1-071.jpg

Dorothée SCHMID

Intitulé du poste

Responsable du programme Turquie/Moyen-Orient de l'Ifri

Photo
Clément Therme

Clément THERME

Intitulé du poste

Chercheur associé, Programme Turquie/Moyen-Orient de l'Ifri