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La politique de défense de l’Allemagne : un tournant historique ?

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Politique étrangère, n° 3, vol. 87, automne 2022
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La guerre en Ukraine a produit à Berlin un brutal réveil. Le militaire pesait, et l'Allemagne avait laissé les capacités de ses armées se déliter, se dissoudre au profit d'un rêve d'harmonie russo-germanique appuyé sur les seules relations économiques. Les décisions du chancelier Scholz visant à la reconstruction de la défense allemande sont spectaculaires, mais elles devront s'inscrire dans la durée et dans une vision stratégique globale du rôle de l'Allemagne et des besoins militaires européens.

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Archive de Politique étrangère
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Face à l’invasion de l’Ukraine, l’Allemagne a amorcé une mue spectaculaire, abandonnant sa « culture de la retenue » pour décider d’augmenter substantiellement ses dépenses de défense. Berlin a même renoncé à ses principes en matière d’exportation d’armements dans des pays en guerre, annonçant l’envoi de milliers d’armes antichars et antiaériennes à Kiev, puis de chars et de lance-roquettes multiples.

Ce tournant – les Allemands parlent de Zeitenwende – marque la double fin d’une illusion (prolonger l’Ostpolitik sur fond de partenariat énergétique avec Moscou) et d’un jeu de rôle (se réconcilier avec l’histoire et les Européens comme puissance résolument « civile »). Fondé sur le refus de considérer la force comme un des piliers de toute politique étrangère, le concept de « puissance civile » a fini par miner la force militaire allemande et la contribution de Berlin à l’effort de défense occidental, affaiblissant donc fortement la capacité des Européens à se défendre sans le concours des États-Unis. La réduction des dépenses de défense allemandes avait été drastique : d’environ 60 milliards de dollars en 1990 à près de 45 milliards de dollars en 2010, soit 1,2 % du produit intérieur brut (PIB).
 

À la veille de l’intervention russe, l’Allemagne s’était certes déclarée « totalement solidaire » de l’Ukraine. Mais, dans la pratique, les dirigeants allemands insistaient surtout sur ce qu’ils ne feraient pas si une agression russe – impensable – se concrétisait. La ministre de la Défense Christine Lambrecht mettait en garde contre tout lien entre Nord Stream 2 et les « différends avec Moscou sur l’Ukraine ». Le secrétaire général du Parti social-démocrate (SPD) Kevin Kühnert rejetait toute idée de renonciation à Nord Stream 2. Le chef de l’opposition chrétienne-démocrate (CDU) Friedrich Merz plaidait contre l’exclusion de la Russie des systèmes de paiement internationaux SWIFT. Son homologue de l’Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU) Markus Söder croyait bon d’affirmer encore en janvier que Poutine n’était pas un ennemi de l’Europe. La ministre des Affaires étrangères Annalena Baerbock rejetait les appels à livrer des armes allemandes à l’Ukraine : « la position restrictive de l’Allemagne est bien connue et ancrée dans l’histoire ». Berlin continuait d’ailleurs à bloquer l’exportation d’armes de fabrication allemande par des pays tiers (comme l’Estonie) vers l’Ukraine, qu’elle entendait toutefois soutenir par l’envoi de… 5 000 casques ainsi que d’un hôpital militaire. [...]


PLAN

  • Le programme de modernisation : ampleur et limites
  • Un tournant à inscrire dans la durée
     - Quelle stratégie de sécurité nationale pour l’Allemagne ?
  • Allemagne–Russie : une rupture consommée


Hans Stark est professeur de civilisation allemande contemporaine à Sorbonne Université et conseiller pour les relations franco-allemandes à l'Ifri.

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La politique de défense de l’Allemagne : un tournant historique ?

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Hans STARK

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Conseiller pour les relations franco-allemandes à l'Ifri

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Le Brexit est-il vraiment « anglais » ?

Date de publication
21 décembre 2020
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Le résultat du référendum de 2016 ne traduisait pas un populisme, ou un exotisme culturel, spécifiquement anglais. L’opinion britannique était alors en phase avec les opinions européennes critiques vis-à-vis de l’Union européenne. La non-appartenance à la zone euro promettait une séparation sans trop graves effets. Séparation qu’annonçaient un fort attachement à la décision nationale et un détachement persistant vis-à-vis du projet européen, vu comme un simple lien économique.

Robert TOMBS
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La coopération militaire franco-britannique après le Brexit

Date de publication
21 décembre 2020
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Les questions de défense n’ont pas été sérieusement intégrées aux négociations du Brexit. Mais la redéfinition des priorités stratégiques américaines laisse à Londres peu d’espoir d’un special partnership égalitaire. Le retour de la France à une conception « gaullienne » de puissance d’équilibre pourrait par contre ouvrir la voie à un nouveau partenariat, qui ne prendrait toute son efficacité que dans le cadre d’une Alliance rééquilibrée et plus « européanisée ».

Adrien ABÉCASSIS Jolyon HOWORTH
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Les relations anglo-américaines après le Brexit : et moins si affinités ?

Date de publication
21 décembre 2020
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Le retour de la compétition des puissances, et l’érosion des moyens économiques et militaires britanniques mettent en cause la traditionnelle posture de suivisme de Londres vis-à-vis de Washington. Le Royaume-Uni ne pèse plus assez auprès des États-Unis, ni pour obtenir un accord commercial privilégié, ni en matière stratégique. Face au déclin inévitable de la relation bilatérale, Londres ne pourrait retrouver un poids diplomatico-stratégique que dans une Alliance atlantique rééquilibrée.

Robert SINGH
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La politique étrangère britannique après le Brexit : la géographie, c’est le destin

Date de publication
21 décembre 2020
Accroche

La vision britannique des rapports du Royaume-Uni au monde renvoie à la fois à la géographie et à l’histoire d’une puissance impériale. Mais le Brexit éclaire durement les changements du positionnement britannique : illusions sur la bienveillance américaine ; dépendance vis-à-vis des normes européennes sans pouvoir peser sur elles ; limitation des moyens d’influence extérieure. Union européenne et Royaume-Uni doivent trouver les moyens d’une nouvelle coopération, en particulier dans le domaine de la sécurité.

Stephen WALL

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Hans STARK, « La politique de défense de l’Allemagne : un tournant historique ? », Politique étrangère, Articles, Ifri, 23 septembre 2022.
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La politique de défense de l’Allemagne : un tournant historique ?