Brexit et défense européenne : vers un deal ambigu ?
L’héritage des positions du Royaume-Uni sur la défense européenne est contrasté, marqué par un attachement inconditionnel et exclusif à l’Alliance atlantique et, depuis vingt ans, une adhésion mesurée aux progrès européens. La proclamation de la volonté de Londres de garder, après le Brexit, un haut niveau de coopération s’accompagne cependant de la demande d’un statut spécial, qui dépendra largement des résultats de la négociation globale. Et plusieurs dossiers concrets restent en suspens.
Avec le retrait du Royaume-Uni, l’Union européenne (UE) perdrait l’un de ses deux acteurs militaires les plus conséquents. Elle perdrait également l’un de ses deux sièges permanents au Conseil de sécurité des Nations unies, ainsi que l’une de ses deux puissances nucléaires. Le Royaume-Uni perdrait, pour sa part, son rôle clé dans la définition et la mise en œuvre de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) de l’UE, et risquerait de perdre son accès à des banques de données sécuritaires, et à des projets militaires industriels cruciaux.
De part et d’autre, les parties déclarent vouloir maintenir dans le domaine stratégique un « partenariat ambitieux », sauvegardant pour le long terme l’essentiel de leur coopération. À la différence, pourtant, des autres grands domaines de politique publique autour desquels les négociations sur le Brexit s’accélèrent – y compris celui de la sécurité intérieure – les discussions sur la défense demeurent dans le flou artistique. Alors que la date butoir du 29 mars 2019 se rapproche rapidement, le « partenariat ambitieux » entre Londres et Bruxelles reste largement hypothéqué par les négociations sur le commerce, la libre circulation des personnes, et la question irlandaise.
Alors que, partout sur « le continent », le débat autour de l’Europe de la défense semble quelque peu décoller, depuis 2016 et la publication du document sur la stratégie globale de l’Union, l’absence de discussions de fond sur l’avenir de la relation stratégique entre Londres et l’UE relève du paradoxe. C’est d’autant plus étonnant que les défis sécuritaires auxquels l’UE fait face depuis plusieurs années ne cessent de s’accentuer : déstabilisation des frontières orientales et méridionales, confrontation grandissante entre acteurs principaux au Moyen-Orient ; crise des migrants, menaces terroristes, crise des budgets de la défense au vu des besoins futurs en matière d’armements, menaces nouvelles (cyber, intelligence artificielle…), interrogations sur l’avenir de l’Alliance atlantique à l’heure de Donald Trump ; essor du populisme et remise en cause, un peu partout en Europe, de l’acquis communautaire et du principe même de l’intégration.
Londres et la défense européenne : un héritage tumultueux
Le rôle du Royaume-Uni dans l’histoire tumultueuse de l’Europe de la défense a toujours été pour le moins ambigu. La défaite de la Communauté européenne de défense (CED) en 1954 fut, certes, provoquée par le vote négatif de l’Assemblée nationale française. […]
PLAN
- Londres et la défense européenne : un héritage tumultueux
- Brexit : positions britanniques et réponses européennes
- Les dossiers cruciaux en suspens
Jolyon Howorth est Visiting Professor of Public Policy à la Kennedy School of Government à l’université de Harvard et professeur émérite de politique européenne à l’université de Bath.
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Brexit et défense européenne : vers un deal ambigu ?
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