Chine : l’énergie, un enjeu stratégique
Les besoins énergétiques de la Chine sont très importants et vont continuer à augmenter. Du développement économique et de la réduction de la pauvreté dépend la stabilité du Parti communiste. Pékin est déjà le premier importateur de pétrole et de gaz et le premier producteur et consommateur de charbon. Le facteur énergétique joue un rôle central dans les décisions stratégiques des dirigeants chinois qui font preuve d’un « internationalisme utilitariste fortement teinté de Realpolitik ».
Depuis les années 1990, la Chine importe des quantités considérables d’énergie, ce qui induit des enjeux internes et mondiaux cruciaux. Dans un contexte de concurrence générale, de ressources limitées et de marchés tendus, ces importations font l’objet de trois interprétations opposées. Les pessimistes craignent que la Chine n’utilise son pouvoir économique pour tenter d’imposer un nouveau « Grand Jeu » stratégique. Les optimistes espèrent l’intégration de la Chine, son alignement sur les règles de l’économie politique pétrolière pour normaliser sa montée en puissance. Les développementalistes soulignent l’anxiété et les contradictions internes du pays. Les explications de ses besoins énergétiques croissants seront ici exposées, avant qu’on présente les différentes interprétations de la posture adoptée par le pays. Enfin, seront esquissés cinq scénarios de l’acquisition d’énergie par la Chine, qui révèlent une attitude plus complexe qu’une simple dichotomie entre recherche d’une grande alternative ou soumission au système.
Une dépendance à l’énergie mal organisée
La consommation énergétique chinoise per capita compte parmi les plus faibles du monde, mais sa consommation agrégée est énorme. Aujourd’hui et à l’horizon 2040 (limite des projections de l’Agence internationale de l’énergie, AIE), la Chine représente le premier importateur de pétrole et de gaz, le premier producteur et consommateur de charbon ; d’ici à 2040, sa demande énergétique équivaudra au double de celle des États-Unis, leader mondial actuel. De plus, la Chine restera approvisionnée avant tout par du charbon. En 2015, cette source d’énergie très polluante représentait 66 % de son mix énergétique, le pétrole 22 %, l’hydroélectricité 6 %, le gaz 4 %, le nucléaire et les énergies renouvelables 1 % chacun. En 1990, la Chine exportait encore cinq fois plus de pétrole qu’elle n’en importait. Mais elle devint importatrice nette de pétrole en 1993, de gaz en 2007, de charbon en 2008, et le premier importateur mondial d’hydrocarbures en 2014. Fin 2014, la Chine représentait 30 % de la consommation mondiale de pétrole et 45 % de celle de charbon.
La pression démographique (1,38 milliard de Chinois en 2017) et le besoin de stabilité imposent d’assurer une croissance continue. Les autorités doivent garantir au moins 7 % de croissance annuelle pour fournir emplois, nourriture, infrastructures, et autres biens et services. Il en va de la légitimité du Parti communiste chinois (PCC). Après l’ouverture du pays au capitalisme, le PCC a passé un nouveau contrat fondateur avec la société : la prospérité en échange du maintien du monopole du parti. Il accepte le pragmatisme économique mais sanctuarise la politique (unipartisme, persécution des opposants, censure). […]
PLAN
- Une dépendance à l’énergie mal organisée
- Énergie, marché et pouvoir d’État
- Des scénarios différenciés d’acquisition d’énergie
- L’internationalisme utilitariste de la Chine
Michel Gueldry est professeur de relations internationales au Middlebury Institute of International Studies en Californie.
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