Corées : perpétuellement vers la paix ?
Au cours des cinq dernières années, les périodes d’ouverture et de tension se sont succédé dans la péninsule coréenne. Donald Trump pensait pouvoir obtenir la dénucléarisation de la Corée du Nord par ses relations personnelles avec Kim Jung-un. Il a échoué. L’administration Biden se veut plus réaliste et méthodique. Elle pourrait choisir des options intermédiaires, plus modestes, tout en conservant l’objectif lointain d’un démantèlement de l’arsenal nucléaire de Pyongyang.
En ce 13 septembre 1972, un million de personnes se pressent dans les rues du centre de Séoul pour accueillir une délégation de la Croix-Rouge nord-coréenne. La péninsule est alors divisée depuis 27 ans, et la deuxième session du premier dialogue intercoréen débute. Cinq décennies plus tard, trois autres périodes « de détente » se sont succédé, en 1991, 2000 et 2018. À chaque fois, les espoirs de paix ont été déçus, et les moments de tension se sont enchaînés, cristallisés sur le programme nucléaire et balistique nord-coréen à partir de 1993-1994. Avec l’élection de Joe Biden à la présidence des États-Unis, un nouveau cycle s’ouvre pour tenter de résoudre une guerre sans fin. Corées du Sud et du Nord sont-elles condamnées à une perpétuelle quête de la paix ?
2017-2018 : vers la quatrième « détente »
Avec l’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis en janvier 2017, l’alliance américano-sud-coréenne connaît de sérieux remous, et les tensions s’aggravent une nouvelle fois dans la péninsule. En août 2017, alors que Pyongyang a déjà testé 14 missiles depuis le début de l’année, le président américain menace même de déchaîner « feu et fureur tels que le monde n’en a jamais vus » sur la Corée du Nord. Pyongyang, sous sanctions, continue néanmoins de contrevenir aux injonctions de l’Organisation des Nations unies (ONU) avec, en particulier, un sixième essai nucléaire le 3 septembre 2017. Le 28 novembre, l’armée nord-coréenne teste un missile balistique intercontinental (ICBM) Hwasong-15, d’une portée estimée de 13 000 kilomètres. Les Nations unies renforcent leurs sanctions et les joutes verbales entre le président américain et Kim Jong-un se poursuivent.
Face à cette situation très tendue, Moon Jae-in, à la tête de la Corée du Sud depuis mai 2017, prône un retour de la Sunshine Policy, c’est-à-dire à une forme de coexistence pacifique amorcée par ses prédécesseurs libéraux. Il veut renouer le dialogue entre les deux Corées – totalement inexistant depuis février 2016 –, et relancer la coopération économique. Début 2018, les premiers succès de sa « diplomatie olympique » constituent un revirement. Le 9 janvier, dans la foulée des premières discussions bilatérales de haut niveau depuis plus de deux ans, la participation de la Corée du Nord aux Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang (du 9 au 25 février 2018) est annoncée. [...]
PLAN
- 2017-2018 : vers la quatrième « détente »
- 2019-2020 : deux ans pour rien ?
- 2017-2020 : bilan d’un cycle
- Les premiers pas de l’administration Biden
- Négociations : quelles options ?
Rémy Hémez est officier de l’armée de Terre.
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