Le modèle de Dubaï face au centralisme d’Abou Dhabi
Vitrine des Émirats arabes unis, Dubaï n’a jamais complètement retrouvé la croissance d’avant la crise de 2009. La double crise sanitaire et économique est une nouvelle épreuve : Dubaï doit plus que jamais compter sur le soutien de l’émirat d’Abou Dhabi, cœur politique et sécuritaire de la Fédération. La phase actuelle confirme la prédominance politique d’Abou Dhabi dans la Fédération, et impose à Dubaï de redéfinir son modèle de développement, et son narratif.
Alors qu’au début des années 1960, cette ville côtière avec une longue tradition marchande ne comptait que quelques maisons en pisé, un souk et un port accessible aux seuls boutres, Dubaï s’est rapidement développé, d’abord sous giron britannique, puis à partir de l’indépendance – en 1971 – de la Fédération des Émirats arabes unis (EAU) dont il est l’un des sept Émirats.
La rapide insertion de Dubaï dans la mondialisation
De manière assumée, Dubaï a construit son modèle de développement sur celui de Singapour, cité-État située au bord du détroit de Malacca, et dont la croissance a initialement été portée par son activité portuaire et logistique. À mi-chemin entre l’Europe et l’Asie du Sud-Est, Dubaï a également cherché à capitaliser sur une géographie très avantageuse, et a repris à son compte la recette singapourienne : savant dosage de libéralisme économique et d’interventionnisme étatique, avec un État directement partie prenante du développement économique et industriel.
L’un des facteurs ayant permis cette rapide expansion de Dubaï est l’importance des liens économiques et humains entretenus par l’Émirat avec l’Iran et l’Inde voisins. Considéré comme le « Hong Kong iranien », Dubaï a été pendant longtemps le principal hub commercial pour le commerce avec Téhéran, jouant à la fois le rôle de première plateforme de réexportation vers l’Iran, notamment grâce au port logistique de Jebel Ali, mais aussi de hub financier à partir duquel se concluaient les transactions financières entre entreprises iraniennes et étrangères. À mesure que ces liens économiques se sont approfondis, Dubaï a également vu s’installer un nombre grandissant de ressortissants iraniens, particulièrement dans les années 1980, suite à l’établissement de la République islamique en Iran. Il en va de même avec l’Inde, pays avec lequel les échanges économiques, très antérieurs à l’indépendance de 1971, se sont intensifiés avec le début de l’exploration pétrolière et gazière dans la région, et dont les ressortissants forment désormais la première communauté du pays, avec plus de 25 % de la population. Le début de la guerre civile libanaise en 1975 a également permis à Dubaï de s’imposer, au détriment de Beyrouth, comme une nouvelle porte d’entrée, stable et accueillante, vers le reste du Moyen-Orient. […]
PLAN
- La rapide insertion de Dubaï dans la mondialisation
- Un premier sauvetage par Abou Dhabi, qui coûte progressivement à Dubaï son autonomie politique
- Un modèle de développement menacé par un contexte régional sur lequel Dubaï n’a pas de prise
- La crise du COVID-19 parachève la prédominance d’Abou Dhabi
- Quel modèle, quel narratif, demain pour Dubaï ?
- Vers un récit national émirien réconcilié ?
Matthieu Etourneau a été directeur Moyen-Orient du Mouvement des entreprises de France (MEDEF International) et directeur général du Centre français des affaires de Téhéran. Désormais basé à Dubaï, il est cadre supérieur dans le privé.
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Le modèle de Dubaï face au centralisme d’Abou Dhabi
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