L’Europe, la puissance et la finance
La finance est devenue un attribut essentiel de la puissance. Son importance est accrue par les investissements considérables requis par les transitions énergétique et numérique, ou encore par la nécessité de soutenir les économies frappées par la pandémie de COVID-19. En matière de puissance financière, l’Union européenne dispose de nombreux atouts, à commencer par sa monnaie unique, mais elle souffre aussi de véritables handicaps, particulièrement visibles au moment de la présidence Trump.
Le monde change à vive allure, l’Europe se cherche. Dans les débats sur la souveraineté européenne, il est souvent question de diplomatie, de défense, parfois de politique industrielle, plus rarement de finance. L’avancée la plus marquante de la construction européenne a bien été la monnaie unique, mais l’Union européenne (UE) pourrait beaucoup mieux utiliser ses atouts dans le domaine financier. Il aura fallu la grande crise financière pour que des règles communes d’encadrement de la finance soient adoptées, et que leur contrôle soit confié à des autorités européennes de supervision. Aujourd’hui encore, le marché intérieur des services financiers reste fragmenté et la géopolitique de l’euro balbutiante. Plusieurs raisons invitent pourtant à reconnaître le caractère stratégique des enjeux financiers.
Tout d’abord, le financement de l’innovation est déterminant pour rester dans la course mondiale. À elle seule, la transition climatique requiert des investissements massifs hors desquels l’objectif de réduction à zéro des émissions de CO2 d’ici à 2050 restera inaccessible. Le rattrapage technologique réclame aussi des capitaux importants, avec une particularité : non seulement la finance est indispensable à l’innovation, mais l’innovation transforme la finance. Les entreprises numériques, riches des données de leurs clients, font ainsi irruption dans les paiements (Facebook, avec le projet Diem/Libra par exemple).
À ces mutations structurelles s’ajoute la conjoncture. La pandémie de COVID-19 a contraint les gouvernements à des soutiens financiers sans précédent. Les prêts garantis, reports de charge et aides diverses, comme les coûts accrus de la protection sociale, pèsent sur l’endettement public. La dette privée a aussi augmenté ; les défaillances d’entreprises risquent de détériorer les bilans des banques. Quant à la Banque centrale européenne (BCE), elle a dû intervenir pour stabiliser les marchés et assurer aux États et aux entreprises des conditions de financement favorables. La bonne gestion de la dette, publique et privée, comme la sortie harmonieuse des programmes monétaires exceptionnels, seront déterminants pour l’avenir de nos pays.
Avec le Brexit, la City de Londres, première place financière du monde, a quitté l’UE. Cette séparation est lourde d’incertitudes : aboutira-t-elle à des coopérations fondées sur des équivalences ou à une divergence volontaire ? La question n’est pas tranchée, notamment sur certaines infrastructures de marché. [...]
PLAN
- Le financement, un enjeu global – l’exemple du climat
- Les conséquences financières de la crise sanitaire
- Le Brexit, une transformation du paysage financier mondial
- L’Union sur la scène mondiale : de tout petits pas
- L’euro, loin derrière le dollar
- Les leçons de l’unilatéralisme américain à l’époque de Donald Trump
Sylvie Goulard, ancienne ministre des Armées, est sous-gouverneur de la Banque de France.
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L’Europe, la puissance et la finance
Crise de l’Union européenne ou crises de la démocratie ?
Les institutions européennes sont régulièrement mises en cause pour leur déficit démocratique. Pourtant, depuis les années 1990, les traités successifs ont instauré différents instruments permettant de pallier ce déficit. Aujourd’hui, la crise de l’Union européenne est sans doute plus profonde et dépasse la question du fonctionnement des institutions. Elle touche la confiance même qu’ont les citoyens dans le projet d’intégration et dans la démocratie.
L’Italie entre déclin industriel et impuissance politique
L’Italie fait face à une crise économique profonde. Malgré l’application de mesures d’austérité recommandées par les autorités européennes, la croissance est en berne et le chômage progresse. Les privatisations ont eu pour effet de faire passer des fleurons de l’industrie sous pavillon étranger. L’État ne joue plus son rôle de régulateur et ne parvient à endiguer ni la corruption ni la fraude fiscale. Cette situation est d’autant plus problématique qu’elle se double d’une crise politique.
Brexit : une certaine idée de l’Europe
Le résultat du référendum de juin 2016 relève d’explications connues, touchant à l’évolution de la société britannique et à ses débats politiques particuliers. Il renvoie surtout à une divergence fondamentale sur la nature et l’objectif de la construction européenne. Le Royaume-Uni n’a pas été le mauvais élève de la classe européenne trop souvent décrit. Mais son héritage et sa culture lui font préférer l’idée d’une Europe où la souveraineté resterait le privilège des États.
Conflits locaux : le mal insidieux de l’Afrique
Les conflits locaux, de plus en plus nombreux et dévastateurs en Afrique, ne sont le plus souvent analysés par les acteurs internationaux qu’à travers le prisme des conflits ou des déstabilisations d’États. Leur nature complexe, le mélange qu’ils opèrent entre traditions et modernité, leurs rapports aux niveaux national et international doivent faire l’objet d’approches nouvelles, à la fois stratégiques et ponctuelles. Des approches qui doivent intégrer les dimensions militaires et civiles.