La dette publique est-elle un problème ?
Les inquiétudes souvent avancées sur la dette publique reposent sur nombre d’idées reçues. Le ratio de dette sur PIB est une mesure peu signifiante, et la dette publique absorbe l’épargne privée en excès. Le déficit public ne nuit pas au financement de l’investissement privé et n’est pas un fardeau pour les générations futures. Mais la dette publique doit être gérée sérieusement, mise au service de projets permettant de satisfaire les besoins et objectifs sociétaux, dès lors que l’épargne privée ne les finance pas.
Les dettes publiques ont augmenté partout dans le monde en réponse à la crise du COVID-19, dans des proportions souvent considérables et de manière inédite en temps de paix dans un laps de temps si court. La crise n’est pas derrière nous, mais on voit déjà se dessiner des deux côtés de l’Atlantique des attitudes différentes quant à cette augmentation, qui ne sont pas sans rappeler les débats de 2010-2013, lors de la sortie de la crise financière. Déjà l’Europe et les États-Unis avaient alors suivi des trajectoires opposées quant à la réduction de leurs dettes. Historiens et économistes s’accordent pour considérer que la stratégie des États-Unis était la bonne en 2010. Qu’en est-il cette fois-ci ?
La politique économique ne se résume pas à la recherche de solutions parfaites, mais consiste à faire face aux problèmes considérés comme prioritaires à un moment donné en leur substituant d’autres problèmes qui semblent plus facilement abordables ou moins urgents. C’est dans un tel cadre qu’il convient de réfléchir à l’endettement public. De ce point de vue, il est facile de justifier le principe d’une forte expansion budgétaire en réponse à la pandémie et son financement indirect par la politique monétaire. L’alternative aurait été politiquement, socialement, économiquement et humainement suicidaire. Mais son contenu, aussi bien que la dynamique de « retour à la normale » – et quelle « normale » ? – méritent évidemment attention.
Une mesure peu signifiante
La mesure de la dette publique la plus couramment utilisée la rapporte au produit intérieur brut (PIB). Comme le montre le tableau ci-dessous, du fait de la crise du COVID-19, la dette serait par exemple passée entre 2018 et 2021 de 107 % à 133 % du PIB aux États-Unis, et de 98 % à 115 % en France (estimations du Fonds monétaire international – FMI). Dans la plupart des pays du monde, la dette publique dépasserait ainsi 100 % du PIB. Pourtant, les limites de cet indicateur sont bien connues. Nous rappelons ici deux d’entre elles. […]
PLAN
- Une mesure peu signifiante
- La dette publique : un fardeau pour les générations futures ?
- Un retour de l’inflation ?
- La dette publique nuit-elle à l’investissement privé ?
- Dette publique et contrainte extérieure
- Que faire ?
François Geerolf est professeur assistant à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) et conseiller scientifique au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII).
Pierre Jacquet est président du Global Development Network (GDN), membre du Cercle des Économistes et professeur à l’École nationale des Ponts et Chaussées (ENPC).
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Téléchargez l'analyse complète
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
La dette publique est-elle un problème ?
En savoir plus
Découvrir toutes nos analysesPerspectives de l’endettement public
L’endettement public doit rester soutenable, adapté aux variations de la conjoncture, sauf à risquer des conditions d’emprunt dangereuses. Sa stabilisation dépend de la croissance, de la maîtrise des dépenses publiques et de la capacité à lever l’impôt. Les banques centrales peuvent prêter aux États, mais en prenant garde à une inflation affaiblissant les entreprises. L’annulation des dettes publiques par la Banque centrale européenne pourrait ouvrir un cycle d’inflation et de dépenses immaîtrisable.
Face à la Chine, l’Australie en résistance
La Chine est le plus important partenaire commercial de l’Australie depuis 2007 et cherche à étendre son influence dans ce pays en utilisant trois méthodes : la cooptation, la corruption et la coercition. Les responsables politiques australiens, toutefois, ne sont pas naïfs. Ils ont adopté une série de mesures pour limiter les ingérences étrangères, déclenchant la colère de représentants chinois. Le bras de fer entre Canberra et Pékin peut fournir des enseignements utiles aux Européens.
Chine/Corée du Sud : une frustration réciproque
Les relations entre Séoul et Pékin sont de longue date marquées par l’alternance de rapprochements et de difficultés. Pékin cherche à éloigner la Corée du Sud des États-Unis. Séoul entend préserver ses relations avec la Chine, son premier partenaire commercial, tout en gardant la garantie de sécurité américaine. L’équilibrisme sud-coréen pourrait s’avérer dans l’avenir proche difficile à tenir, et Séoul pourrait avoir intérêt à s’appuyer, au-delà de Washington, sur d’autres partenaires.
Sur le fil : l’Asie de l’Est face à la Chine
L’Asie de l’Est est sans nul doute la région du monde qui concentre aujourd’hui à la fois le plus de tensions (politiques, militaires, stratégiques) et le plus d’intérêts (commerciaux, financiers, technologiques). Elle se trouve prise entre les deux fronts d’une rivalité sino-américaine qui oblige les États de la région à adapter leur positionnement vis-à-vis des deux grandes puissances, et particulièrement d’une Chine dont l’assurance politique et militaire croissante s’exerce aux dépens de ses voisins. L’objectif de ce dossier est d’examiner comment ces acteurs ménagent leurs intérêts et leurs vulnérabilités face à l’imposante puissance chinoise.