Covid-19 et autres crises : quelles leçons ?
L’Union européenne a traversé une série de crises existentielles depuis 2008. Elle a fait preuve de résilience et a su s’adapter, en improvisant et en innovant. L’Union est aujourd’hui plus intégrée dans de multiples domaines. Mais le temps est venu pour une approche plus structurelle, plus volontariste, qui doit permettre à l’Union de renforcer son autonomie stratégique. C’est le seul moyen d’être un véritable acteur global, pouvant exister face aux autres grandes puissances.
Depuis 2008, l’Union européenne (UE) a fait face à une série de crises existentielles : dette souveraine, Ukraine, migrations, Brexit, Covid-19… Chacune a éclairé des faiblesses dans son dispositif et suscité des tensions entre États membres : entre le Sud et le Nord sur la crise financière, entre les pays d’Europe centrale et orientale et les pays plus directement affectés par l’arrivée des migrants. Toutes ont confirmé que si l’Union est une formidable machine législative et réglementaire, elle est moins bien outillée pour la gestion de crises requérant une action forte et rapide.
Certaines politiques de l’Union sont conçues pour le beau temps. L’intégration monétaire en est un exemple. Pour convaincre les Allemands d’abandonner le Deutsche Mark, il a fallu faire des concessions lors de la création de l’euro : un Pacte de stabilité et de croissance (PSC) assez rigide, une clause de no bail-out ainsi qu’une approche restrictive du rôle de la Banque centrale européenne (BCE), chargée essentiellement de juguler l’inflation. Tout cela était gérable tant que la conjoncture était bonne – les premières années de l’euro furent un succès mais la gestion de la crise des subprimes s’avéra difficile. Quant au système dit « de Dublin », consistant à confier la gestion des procédures d’asile au pays de l’UE où entre le demandeur, il peut fonctionner en temps normal mais s’est montré inopérant alors que la Grèce et l’Italie étaient confrontées à des arrivées massives de migrants en 2015.
Trois facteurs expliquent la difficulté pour l’Union de gérer de telles crises :
- L’Union n’a que les compétences que les États membres lui ont transmises par les traités. Elle n’a, par exemple, pas de véritable compétence en matière de santé…
- La prise de décision dans l’Union implique de nombreux acteurs : le Conseil européen fixe le cadre, la Commission fait des propositions, le Conseil et le Parlement adoptent les textes législatifs. On doit par ailleurs gérer les divergences de vues et les sensibilités diverses des États membres. Tout cela prend du temps.
- Il n’y a pas d’exécutif central. La Commission exerce un certain nombre de compétences exécutives mais n’est pas un gouvernement européen. Même pour la Politique agricole commune, le suivi des décisions de Bruxelles est fait par les organes nationaux. Dans un système décentralisé, les tensions entre ceux qui souhaitent renforcer le centre et ceux qui plaident pour une action plus décentralisée sont naturelles. [...]
PLAN
- La gestion de crise de l’Union
- La crise de la dette souveraine
- Les crises de Géorgie et d’Ukraine
- La crise migratoire
- Le Brexit
- Le Covid-19 - Le débat sur l’autonomie stratégique
- Une question d’état d’esprit
- Une question de méthode
- Une question de gouvernance
Jim Cloos a été, ces dix dernières années, à la tête de la Direction générale Politiques générales et institutionnelles au Secrétariat général du Conseil de l'Union européenne. Il est aujourd'hui secrétaire général de la Trans European Policy Studies Association (TEPSA).
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
Cette page ne contient qu'un résumé de notre travail. Si vous souhaitez avoir accès à toutes les informations de notre recherche sur le sujet, vous pouvez télécharger la version complète au format PDF.
Covid-19 et autres crises : quelles leçons ?
Les diplomaties navales en Méditerranée
Si le concept de « diplomatie navale » date des années 1970, la réalité qu’il recouvre est très ancienne. L’histoire de la Méditerranée en témoigne : depuis l’Antiquité, les forces navales y ont été utilisées à des fins politiques. Les rapports de forces dans cette mer sont en train de changer. Les États-Unis se retirent progressivement, laissant la place à d’autres acteurs, en particulier la Russie. L’Europe, minée par la crise économique et les divisions, ne parvient pas à s’imposer.
Le « commerce migratoire » euroméditerranéen
Marseille a longtemps été une plaque tournante du commerce « à la valise ». Les échanges avec le Maghreb étaient particulièrement nombreux, du fait de la taille de la communauté algérienne dans le sud de la France et de l’importance du trabendo dans l’économie algérienne. Toutefois, depuis une vingtaine d’années, Istanbul tend à remplacer Marseille comme centre du « commerce migratoire ». Les flux commerciaux générés par les migrants ont désormais de nombreuses ramifications en Asie.
Migrations en Méditerranée : la crise de l’asile
La croissance économique des Trente Glorieuses, le choc pétrolier de 1973 et la guerre du Golfe de 1991 ont eu un impact très fort sur les migrations dans le bassin méditerranéen. Dans les années 1990 et 2000, l’immigration irrégulière vers l’Europe s’est développée. Les dispositifs de contrôle des flux migratoires conçus à cette époque se révèlent totalement inadaptés à la situation post-révolutions arabes. L’Europe fait désormais face à une triple crise : économique, des réfugiés et de l’asile.
Les politiques méditerranéennes de l’Europe : trente ans d’occasions manquées
L’Union européenne tente depuis plus de trois décennies de définir une stratégie méditerranéenne. Mais ni le processus de Barcelone, ni la Politique européenne de voisinage, ni l’Union pour la Méditerranée n’ont pu créer une communauté méditerranéenne pour le développement ou la sécurité. Les perspectives actuelles sont peu encourageantes, même si la situation dans nombre de pays de la rive sud, et les conflits du Levant ou du Sahel, rendent une telle stratégie encore plus pressante.