Iran : architecture du pouvoir et conservatisme
Les institutions politiques iraniennes sont difficiles à déchiffrer. Elles sont les héritières de traditions particulières et de la Révolution de 1979. Les sources du pouvoir sont multiples : électorales, religieuses, économiques, groupes de pression, réseaux d’influence, etc. Au-delà de la dualité visible président/Guide suprême, le compromis établi entre traditions, loi religieuse et acquis libéraux est complexe et réduit la probabilité d’une évolution rapide du régime.
Le 19 mai 2017, les Iraniens ont réélu, au suffrage universel direct et dès le premier tour, Hassan Rohani président de la République. Au-delà de la personnalité et des valeurs d’ouverture et modérées que le président réélu représenterait, l’importance donnée, particulièrement dans les médias étrangers, à la fois à l’élection et à la personne du président, contraste avec les accusations contre un régime théocratique où prévaudrait l’autorité religieuse. Cet apparent paradoxe dans l’appréhension du régime politique iranien reflète la double origine du pouvoir, à la fois religieux et politique, tout autant qu’il simplifie la réalité de sa structure. Celui-ci étant fragmenté entre une multiplicité d’acteurs aux légitimités différentes.
La définition d’un régime politique, c’est-à-dire l’organisation des pouvoirs, ne peut se résumer à l’organisation institutionnelle, et doit inclure tant la pratique du pouvoir que la portée réelle des loyautés et des réseaux personnels. L’Iran se démarque à ces égards par l’entremêlement des cercles d’influence et de détention du pouvoir, au-delà même du cadre formel. Ainsi, l’une des difficultés pour l’œil extérieur est que la fonction d’un individu peut ne pas se traduire par une influence réelle dans le régime.
Formellement, la Constitution iranienne exprime l’ambiguïté de ce régime. Le président de la République est un chef d’État incomplet. L’article 113 de la Constitution prévoit ainsi qu’« après le Guide suprême, le président de la République est la plus haute autorité officielle du pays. Il a en charge […] la direction du pouvoir exécutif, sauf dans les domaines dépendant directement du Guide ».
Raymond Poincaré, président de la République française entre 1913 et 1920, se décrivait comme un « manchot constitutionnel » : la formule sied à certains égards au statut du président iranien, la prééminence du Guide suprême pouvant s’expliquer par les bouleversements récents de l’histoire politique et institutionnelle du pays. La République islamique est décrite par la Constitution comme un « régime basé sur la foi en un dieu unique (Il n’y a de dieu que Dieu), seul souverain et seul législateur » (article 2). Cette disposition fait de l’Iran une théocratie. Pourtant, d’après l’article premier de cette même Constitution, c’est la nation (mellat, que l’on peut traduire par « peuple ») qui a établi cette République islamique. […]
PLAN
- Un compromis entre loi religieuse et acquis libéraux
- Les institutions de la République islamique, héritières d’un compromis historique - Un enchevêtrement de réseaux informels
- Plusieurs sources de pouvoirs informels - Quelle transformation sociale ?
Vincent Doix est conseiller technique au Sénat. Diplômé de Sciences Po Paris, il a été assistant de recherche en droit international.
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