La Communauté de sécurité de l’ASEAN : progrès et obstacles
L’ASEAN entend traiter ses problèmes de sécurité de manière inclusive et souple. Elle a mis en place en 2003 une Communauté de sécurité, depuis dotée de multiples institutions et coopérations. Les coopérations entre États membres se développent, mais les structures multilatérales restent pour l’essentiel un trompe-l’œil. Et il n’est pas sûr que les formules souples qui restent la règle puissent être efficaces en un temps de recomposition géopolitique et d’affirmation de la force de Pékin.
Voici cinquante ans, l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN) et ses pays fondateurs ont refusé d’institutionnaliser une coopération de sécurité. Il s’agissait, en pleine guerre froide, de ne pas apparaître comme la nouvelle Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE) ou une quelconque autre alliance militaire clivante, et de mettre l’accent sur une logique inclusive et une approche « globale » de la sécurité (comprehensive security), concept qui rappelle l’indissolubilité des paramètres économiques, politiques et sécuritaires. La Déclaration de Bangkok du 8 août 1967 écarte les questions militaires. Créée pour promouvoir « la paix et la stabilité » en Asie du Sud-Est, l’Association n’y a placé qu’implicitement sa perception de la sécurité régionale au cœur de son propos. Et même si les questions de défense sont évoquées aux réunions ASEAN, la coopération militaire a été longtemps traitée au niveau bi ou trilatéral. En ce sens, l’ASEAN a établi un « régime de sécurité », voire un « partenariat de sécurité régionale », plus qu’une communauté de sécurité.
Événement majeur, qui déclenche un passage à l’acte public : l’attentat de Bali du 12 octobre 2002, affirme une menace terroriste transnationale. Avec d’autres défis réactivés après la crise économique de 1997 (piraterie, trafics transnationaux…), il justifie en octobre 2003 (9e sommet ASEAN à Bali) l’engagement de former une Communauté de sécurité.
Pour de multiples raisons, d’ordre interne comme régional, la pertinence de la coopération sécuritaire est aujourd’hui au cœur des réajustements engagés par l’Association. Qu’il s’agisse des défis internes, régionaux ou systémiques, les menaces concrètes interrogent la vulnérabilité des États membres, de la région et de son ordre et architecture sécuritaires. La montée en puissance chinoise, le dossier sensible de la mer de Chine méridionale, la distanciation avec l’allié américain et les incertitudes introduites par la présidence Trump participent notamment d’une recomposition structurelle des paramètres sécuritaires sur laquelle l’ASEAN a peu d’emprise.
La Communauté de sécurité en cours d’élaboration pourrait donc s’avérer fragile et non résiliente face à ce nouveau type de menaces. L’Association s’est avérée d’une grande utilité pour établir un cadre de confiance et fixer les principes d’une coopération de défense qui s’intensifie. Mais les principes qui ont jusqu’ici fonctionné pourraient se révéler inadaptés pour répondre aux enjeux à venir et à la nouvelle configuration des forces. [...]
PLAN
- Les principes d’une coopération de sécurité
- Renforcer la coopération sécuritaire
- Obstacles et limites
- L’ASEAN et la mer de Chine du Sud
- L’ASEAN de la sécurité et les nouveaux défis
Sophie Boisseau du Rocher est chercheur associé au Centre Asie de l’Ifri.
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