La crise en Catalogne, une fracture décisive
Le 1er octobre 2017, un référendum d’indépendance – déclaré illégal par le Tribunal constitutionnel espagnol – s’est tenu en Catalogne. 90 % des votants ont choisi l’indépendance. Après la proclamation de la « République de Catalogne », le chef du gouvernement espagnol a dissous le Parlement régional et convoqué des élections anticipées. Si les indépendantistes ont remporté ce scrutin, aucun camp ne sort vainqueur de la crise catalane. L’Espagne a désormais besoin d’une thérapie profonde.
Les événements se sont succédé à un rythme frénétique au cours de l’automne 2017 et de l’hiver 2018 en Catalogne et en Espagne : vote des lois référendaires les 6 et 7 septembre 2017 au Parlement de Catalogne, référendum illégal du 1er octobre, grèves générales, proclamation de la « République indépendante de Catalogne », mise en œuvre de l’article 155 de la Constitution de 1978, élections du 21 décembre, débat d’investiture au Parlement de Catalogne, rempli d’incertitudes quant au débat d’investiture au Parlement de Catalogne. L’opinion européenne a découvert l’ampleur de la crise catalane, et assisté, médusée, à une tentative de sécession qui a mis à l’épreuve les institutions espagnoles.
Si, dans un premier temps, une évidente sympathie – notamment dans les médias anglo-saxons – s’est manifestée pour les indépendantistes catalans, les Européens, à commencer par les gouvernements, ont progressivement pris conscience des risques que la dérive indépendantiste du nationalisme catalan faisait peser sur l’Espagne et sur l’Europe. Un lien logique a été établi avec des situations comparables : l’Écosse, la Lombardie et la Vénétie, la Flandre, la Corse. L’Europe des États-nations allait-elle commencer à se dissoudre dans une Europe des régions ? Ou bien l’Espagne allait-elle connaître une balkanisation, et se scinder entre plusieurs États successeurs ?
Bien que la crise demeure intense, ces scenarii catastrophes d’une explosion de violences ou d’une guerre civile – le terme est inévitablement attaché aux lieux communs sur l’Espagne – sont pour le moment écartés. Il en va de même pour la réalité d’une sécession, et d’une indépendance réelle et reconnue par la communauté internationale. La force de l’État espagnol, dans ses institutions démocratiques et représentatives, s’est imposée. L’ordre constitutionnel a prévalu. Pour autant, la question catalane est loin d’être résolue, et ses ondes de choc vont affecter les équilibres politiques et partisans espagnols et forceront, à terme, à une réforme constitutionnelle. La crise a été trop violente pour ne pas avoir affecté les équilibres démocratiques établis en Espagne au moment de la transition démocratique (1976-1978), et la culture politique issue de 40 ans de vie démocratique. Peut-on estimer que la question catalane représente un tournant décisif dans l’histoire contemporaine de l’Espagne, ou faut-il l’interpréter comme un nouveau soubresaut d’une histoire longue et compliquée ?
PLAN
- L’indépendantisme, suite logique du nationalisme ?
- La Catalogne contre l’Espagne
- Quelle sortie de crise ?
- La polarisation extrême de la société catalane
Benoît Pellistrandi, agrégé des universités et docteur en histoire, est professeur de chaire supérieure au lycée Condorcet et à l’Institut catholique de Paris. Il est correspondant de la Real Academia de la Historia.
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La crise en Catalogne, une fracture décisive
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