La France et le concept d’Indo-Pacifique
Depuis 2018, les autorités françaises emploient le concept d’« Indo-Pacifique » à la place de celui d’« Asie-Pacifique ». Cette évolution sémantique traduit un changement de politique et même de vision du monde. L’Asie est désormais placée au cœur des préoccupations françaises et un accent particulier est mis sur les océans. Les îles – y compris les collectivités territoriales françaises – acquièrent une importance nouvelle. La France s’affirme comme une puissance maritime et insulaire.
Le 27 août 2018, Emmanuel Macron déclarait devant les ambassadeurs de France : « Nous sommes une puissance indo-pacifique. » Il demandait aux diplomates de « décliner cet axe de l’océan Indien à l’océan Pacifique, en passant par l’Asie du Sud-Est, de manière résolue, ambitieuse et précise », mais aussi de « construire une nouvelle relation à l’Asie ». En quelques mots, le chef de l’État esquissait une ambition régionale différente de celle de ses prédécesseurs, un concept d’action géographiquement circonscrit, et désignait des partenaires de premier rang.
Il rompait ainsi avec une vision cloisonnée des régions à l’Est de Suez et des approches avant tout bilatérales des relations interétatiques qui n’avaient pas su prendre en compte la « multivectorialisation » des relations politiques de l’Afrique, de l’Asie et de l’Océanie au cours des dernières décennies. La mondialisation des échanges commerciaux et des contacts politiques incitait pourtant à intégrer le caractère global des stratégies des puissances émergentes, les regroupements ad hoc, et à s’adapter aux bouleversements de l’ordre mondial induits par l’affirmation de puissance de la Chine. Le propos du président de la République montre que la France sait faire siennes les évolutions de langage et de posture de ses partenaires clés (Australie, Chine, États-Unis, Inde, Indonésie, Japon).
En affirmant l’« indo-pacificité » de la France et de ses politiques, Emmanuel Macron a pris acte d’une Asie qui se tourne vers l’Est et l’Ouest et qui impacte les territoires français périphériques, et plus largement les intérêts de la République. L’Asie a été placée de cette façon au cœur des préoccupations stratégiques indo-pacifiques (IP) et des politiques à conduire. Est-ce à dire pour autant que sur l’axe IP, il ne faut accorder de l’importance qu’à quelques États, aux 8 partenaires stratégiques et aux 4 pays ayant noué des accords de défense engageants, sans compter sur les territoires d’outre-mer voire les petits États insulaires en développement ? C’est même tout le contraire, à la fois pour des raisons de politique intérieure, de place de la France dans les institutions régionales, et de défis environnementaux globaux à gérer.
L’adoption d’une nouvelle terminologie diplomatique invite la France à revisiter ses politiques régionales et sectorielles, et à faire évoluer ses partenaires européens qui, dans leur ensemble, sont loin d’avoir adopté cette nouvelle vision du monde et de l’Asie. […]
PLAN
- Une approche géographique d’un bord à l’autre des océans
- Pas de stratégie indo-pacifique française sans les territoires d’outre-mer
- Le concept d’Indo-Pacifique revalorise les États et territoires insulaires
- Le concept d’Indo-Pacifique accorde une place d’importance à l’ASEAN
Christian Lechervy est ambassadeur. De 2014 à 2018, il a été secrétaire permanent pour le Pacifique, et représentant de la France auprès de la Communauté du Pacifique et du Programme régional océanien de l’environnement.
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La France et le concept d’Indo-Pacifique
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