La Libye depuis 2015 : entre morcellement et interférences
La Libye est aujourd’hui, de facto, divisée en plusieurs entités. Les efforts déployés par la communauté internationale pour tenter de réconcilier et réunir le pays ont échoué. Un gouvernement d’entente nationale a certes été mis en place mais il peine à s’imposer et à répondre aux besoins de la population. Du point de vue occidental, la situation est toutefois moins préoccupante que par le passé, notamment parce que Daech a perdu ses emprises territoriales.
À la mi-2014, la Libye s’est déchirée dans une guerre civile opposant, d’une part, le camp révolutionnaire Fajr mené par la ville de Misrata à l’ouest et, d’autre part, le camp anti-islamiste Karama mené par Khalifa Haftar à l’est, en coordination avec les brigades de Zintan en Tripolitaine. La configuration de l’été 2014 n’a pas longtemps persisté. La coalition Fajr s’est fissurée et un conflit de basse intensité s’est installé. En 2015, Daech contrôlait la ville portuaire de Syrte, située à moins de 700 kilomètres de l’Union européenne (UE). La même année, le nombre de migrants arrivant en Italie via la Libye s’est élevé à 138 000, six fois plus qu’en 2013. En 2016-2017, plusieurs États ont agi pour tenter de faire reculer Daech et réduire les flux migratoires. Toutefois, le conflit libyen s’est poursuivi.
Misrata, citadelle de la révolution ?
Après l’embrasement de 2014, Misrata, ville marchande de 450 000 habitants, devient le principal bastion de résistance aux ambitions militaires et politiques de Khalifa Haftar, basé 800 kilomètres à l’est. Plusieurs personnalités islamistes sont originaires de Misrata. Par ailleurs, la ville a aussi offert refuge à des leaders radicaux, comme le commandant islamiste Ismaïl Al-Sallabi de Benghazi. Enfin, des armes et des munitions ont été acheminées depuis le port de Misrata aux militants révolutionnaires, y compris vers des cellules liées à Al-Qaïda, qui combattent l’armée de Haftar sur les côtes de Cyrénaïque.
Dans le même temps, une faction anti-islamiste n’a cessé de s’affirmer dans Misrata depuis 2015, menée par un groupe d’hommes d’affaires opposés à l’isolement politique et à l’appauvrissement économique de leur cité. Fathi Bashagha, un élu anti-islamiste influent, a insufflé un élan au processus de Skhirat – soutenu par l’Organisation des Nations unies (ONU) – qui excluait une solution militaire au conflit libyen et mettait l’accent sur la subordination des forces armées à une direction civile. Ce processus appelait également à l’inclusion du plus grand nombre possible de rivaux politiques libyens. Enfin, il prévoyait l’adoption d’une nouvelle Constitution, ainsi que des élections. […]
PLAN
- Misrata, citadelle de la révolution ?
- Un gouvernement d’entente nationale
- Haftar saisit les installations pétrolières
- Le récit « anti-crime »
- Une économie politique de la prédation
- La périphérie attaque le statu quo tripolitain
- Cyrénaïque : la faiblesse d’un homme fort
- La Tripolitaine, toujours plus importante que la Cyrénaïque
- Élections libyennes en 2018 : une initiative française
- Rome s’estime seule face à la crise migratoire de Libye
- Le Qatar continue-t-il à interférer ?
- Le Fezzan : base arrière pour les acteurs du Sahel ?
Jalel Harchaoui est doctorant en géopolitique à l’université Paris 8 Vincennes à Saint-Denis.
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La Libye depuis 2015 : entre morcellement et interférences
Les groupes chiites en Irak : enjeux nationaux et dimensions transnationales
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