La question irlandaise, enjeu majeur du Brexit
Le Royaume-Uni n’a qu’une seule frontière terrestre : celle qui le sépare de la République d’Irlande. L’intégration de ces deux États dans l’Union européenne a rendu cette frontière quasiment virtuelle. Les échanges entre l’Ulster et la République d’Irlande sont nombreux et variés. Le rétablissement d’une séparation physique entre ces deux entités est un véritable casse-tête qui risque d’avoir nombre de conséquences négatives. À ce stade, la « question irlandaise » est encore loin d’être réglée.
Au fil des négociations sur le retrait britannique de l’Union européenne (UE) la question irlandaise s’est révélée dans toute son acuité et sa complexité, au point de constituer une redoutable pierre d’achoppement. L’Irlande, qui partage la seule frontière terrestre avec le Royaume-Uni, est de tous les États membres celui qui risque de subir le plus sévèrement l’impact du Brexit. La question sensible de la frontière, dont dépend l’avenir de la province d’Ulster et de ses relations avec la République d’Irlande, a été classée par l’Europe comme l’un des trois dossiers prioritaires. En dépit des propositions de part et d’autre, la recherche d’une solution n’a pas réellement progressé tant elle bute sur des principes, des intérêts et des visions contradictoires.
L’effacement progressif de la frontière depuis l’accord du Vendredi saint qui a rétabli la libre circulation des biens et des personnes est manifestement contraire à la démarche du Brexit, fondée sur un repli identitaire et le souci de sauvegarder une spécificité culturelle nationale.
Heurs et malheurs de la frontière
La partition de l’Irlande, tracée en 1920 sur la base d’un calcul sectaire, consistait à isoler les six comtés d’Ulster du jeune État libre d’Irlande très majoritairement catholique. Décrétée sans souci des conséquences pour laisser le choix aux unionistes protestants de rester sous l’autorité de la Couronne, elle ne fit qu’institutionnaliser le clivage intercommunautaire.
Si un calme relatif fut maintenu dans l’enclave britannique pendant près d’un demi-siècle, la ségrégation confessionnelle et les inégalités économiques et sociales provoquèrent à la fin des années 1960 l’émergence d’un conflit entre nationalistes catholiques, opposés à la partition, et unionistes protestants, résolument attachés à l’union avec la Couronne.
Pendant trois décennies d’affrontements (les Troubles), les 500 kilomètres de frontière séparant les deux Irlandes ont constitué, de 1969 à 1998, la zone la plus militarisée d’Europe à l’ouest du Rideau de fer. Après de multiples tentatives infructueuses, il fallut attendre l’arrivée au pouvoir de Tony Blair en 1997, et l’implication d’acteurs internationaux, pour relancer le processus de paix et s’acheminer, au prix de laborieuses négociations, vers l’accord de paix de Belfast du 10 avril 1998 (accord du Vendredi saint). […]
PLAN
- Heurs et malheurs de la frontière
- Une logique d’ouverture et de coopération transfrontalière
- L’apport de l’Union européenne
- La légitimité du Brexit en question
- Le spectre du retour de la frontière
- Des risques économiques aux menaces politiques
- Une convergence de façade
- Un processus long et semé d’embûches
- Propositions et contre-propositions
Marie-Claire Considère-Charon est professeur émérite de civilisation britannique et irlandaise.
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