La France face à la politique économique de Trump
La plupart des réformes annoncées en matière commerciale par le candidat Trump n’ont pas été mises en œuvre. La France peut tirer profit de l’existence de nombreux intérêts communs pour défendre sa vision d’une mondialisation à la fois libre-échangiste et régulée. Cependant, l’hypothèse d’un recours croissant à des mécanismes de protection et d’un rejet du multilatéralisme doit aussi être envisagée, notamment du fait de l’attitude de la Chine et de ses alliés.
Les 200 premiers jours de la présidence américaine ont vu la nouvelle administration infléchir, parfois de manière significative, les promesses de campagne du candidat Donald Trump. Plusieurs éléments en témoignent : échec du vote du projet de loi réformant l’Obamacare, report de la réforme fiscale qui pourrait être moins ambitieuse que prévu et ne plus comporter de Border Adjustment Tax, renoncement à une « guerre commerciale » avec la Chine, recul sur la dénonciation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) (une renégociation est engagée depuis le 15 août, sans grandes avancées pour le moment), prudence quant à la révision de la loi Dodd-Franck en matière de supervision bancaire… Ces infléchissements pourraient laisser croire à une progressive normalisation de la politique économique américaine.
Cette vision est cependant limitée, pour plusieurs raisons. Premièrement, ces constats témoignent de la fragilité de la majorité présidentielle et des rapports de force qui prévalent dans l’équipe rapprochée de Donald Trump, et pourraient n’être de ce fait que conjoncturels. Tout changement ultérieur de ces rapports de force, au gré d’événements nationaux (évolution du taux de croissance et du taux d’emploi, notamment dans les bassins électoraux de Donald Trump), ou internationaux (solde commercial, niveau relatif des changes, comportement des marchés et stabilité du système financier international) peut modifier les orientations de la nouvelle administration et les rapprocher, ou les éloigner, du point d’étiage de la campagne.
Deuxièmement, cette vision ne tient pas compte du comportement des principaux partenaires économiques des États-Unis (ALENA, Union européenne, Chine), et de leurs propres stratégies pour préserver leurs intérêts, qui pourraient conduire Donald Trump à durcir sa politique s’il ne parvenait pas à obtenir des résultats à court terme. […]
PLAN
- Un protectionnisme à la portée ambiguë
- Les incertitudes de la politique économique Trump
- De possibles distorsions de marché
- La charge contre le multilatéralisme - Explorer des convergences de vue avec l’administration Trump
- L’importance de la relation bilatérale - Des alliances tactiques dans des espaces multilatéraux
- À l’OMC
- Au sein du G20 et de l’OCDE
- L’accord de Paris
- La coordination européenne : une question de survie - L’hypothèse protectionniste
- Le retour à un protectionnisme à grande échelle ?
- La Chine, future clé de voûte de l’architecture multilatérale ?
Xavier Ricard Lanata, ethnologue, philosophe et essayiste, a notamment travaillé sur les problématiques de coopération internationale et de développement comme directeur des partenariats du Comité catholique contre la faim et pour le développement-Terre Solidaire. Il est administrateur civil à la direction générale du Trésor.
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