Le Monténégro ou la fragilité à toute épreuve
Le Monténégro est désormais membre de l’Alliance atlantique, et peut-être l’État des Balkans occidentaux le plus avancé sur la voie de l’adhésion à l’Union européenne. Il a pu développer son ancrage régional et ses échanges avec les États voisins, au moment où ses relations avec Moscou se faisaient plus difficiles. Son identité nationale reste néanmoins fragile. L’économie connaît de réelles difficultés, et son système politique fait l’objet d’une contestation interne croissante.
Le 5 juin 2017, le Monténégro est devenu le 29e membre de l’Alliance atlantique, moins de 20 ans après avoir été touché par un bombardement allié durant l’intervention de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) au Kosovo. L’événement est d’autant plus frappant qu’il a été conduit à son terme par des acteurs politiques quasiment inchangés depuis la chute du communisme. D’abord marquée par une prise de distance très nette envers le régime serbe de Slobodan Milosevic au tournant des années 1995-1996, à la fin du conflit en Bosnie-Herzégovine, l’évolution s’est traduite par le ralliement progressif des autorités à l’idée souverainiste (après qu’ils l’aient initialement combattue) et une dissolution graduelle de la Yougoslavie – dont le Monténégro avait permis la survie à la chute du communisme. Voulue par l’Union européenne (UE), la Communauté d’États de Serbie-et-Monténégro mise en place en février 2003 ne fut qu’une étape sur la voie d’une indépendance finalement proclamée le 3 juin 2006, suite au référendum d’auto-détermination du 21 mai.
Résolument engagé depuis cette date sur la voie euro-atlantique, le Monténégro, pays en bons termes avec ses voisins et à l’écart des conflits comme des vagues migratoires ayant touché la région depuis 25 ans, projette une image de stabilité plus subtile qu’il n’y paraît. En effet, ce petit pays de moins de 14 000 km2 et de 661 000 habitants est traversé d’influences aussi diverses que contraires, révélant de multiples questionnements identitaires non résolus depuis le XIXe siècle et sa première expérience d’État indépendant. Comme le trahit l’aigle bicéphale que le Monténégro s’est choisi pour emblème, le tiraillement entre l’Est et l’Ouest – qui en est l’une des composantes saillantes – renvoie à une dualité inhérente à l’identité monténégrine. Aussi étonnants puissent-ils paraître, les revirements stratégiques profonds opérés depuis la chute du communisme résultent autant des évolutions intervenues dans la région que des ajustements internes qui visent à les accompagner. […]
PLAN
- Un rêve occidental à marche forcée
- La concrétisation des perspectives euro-atlantiques
- Une relation détériorée avec la Russie
- Une volonté de reconnaissance - Un ancrage régional renforcé
- Une ambition assumée, mais contrariée - Une identité fragile
- Une société « schismatique »
- Un État omniscient
Renaud Dorlhiac est en charge du portefeuille Balkans à la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du ministère de la Défense. Il poursuit également des activités de recherche à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), et enseigne à l’Institut d’études politiques (IEP) de Toulouse.
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