Le Royaume-Uni et le monde après le Brexit
Lors de la campagne référendaire de 2016, la question des conséquences potentielles du Brexit sur la place du Royaume-Uni dans le monde a été éludée. Les partisans du Leave comptent sur la relation spéciale avec les États-Unis, sur l’appartenance à des institutions multinationales et sur les liens avec les pays du Commonwealth pour maintenir le statut international de leur pays. L’âpreté des relations entre Donald Trump et Theresa May montre toutefois qu’il s’agit d’un pari risqué.
Les Britanniques ont voté en faveur de la sortie de l’Union européenne (UE) lors du référendum du 23 juin 2016 sans que les conséquences d’un éventuel Brexit aient été débattues pendant la campagne électorale. Celle-ci avait porté essentiellement sur le contrôle de l’immigration, le retour à une souveraineté non partagée (symbolisée par le slogan Take Back Control), et sur les aspects économiques. Le Premier ministre David Cameron avait, de toute façon, défendu à son administration de prévoir un plan d’action en cas de vote négatif, qu’il porte sur l’économie ou sur la réflexion stratégique.
La victoire inattendue du Leave soulève pourtant bien des questions concernant la politique étrangère du Royaume-Uni après mars 2019, date de la sortie effective de l’UE, et sur la place future du pays sur la scène internationale. Les incertitudes sont encore nombreuses, car elles dépendront pour partie des négociations en cours avec l’UE, et des événements extérieurs sur lesquels le gouvernement britannique a peu ou pas de prise. Mais on peut déjà avancer que le Brexit, présenté par les europhobes les plus ardents comme l’occasion pour le Royaume-Uni de (re)devenir un acteur global, risque au contraire d’affecter négativement le rôle et l’influence du pays.
La fin d’une époque
Le vote en faveur du Brexit peut s’interpréter comme un tournant dans l’histoire de la politique étrangère britannique depuis 1945. Celle-ci s’était en effet construite autour des fameux « trois cercles » définis par Winston Churchill. Le premier, dans l’ordre d’importance à l’époque, était le Commonwealth ; le deuxième, ce qu’il appelait la « communauté transatlantique » avec les États-Unis et le Canada ; et le troisième la relation avec l’Europe. C’était là la vision stratégique que le pays s’était donnée, autour de laquelle la politique étrangère devait se construire. Au fil des décennies, le poids du premier cercle s’est estompé au profit du troisième : l’Europe, ou plutôt la Communauté économique européenne (CEE) dont le Royaume-Uni est devenu membre en 1973.
La participation au projet européen a permis de compenser la perte de prestige liée à la décolonisation, et de donner un nouvel horizon à la politique étrangère britannique, en complément des autres éléments de puissance que sont la possession de l’arme nucléaire, le siège permanent au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) et le rôle de premier plan dans l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). […]
PLAN
- La fin d’une époque
- Le discours officiel sur l’après-Brexit
- La réalité en Europe
- La relation spéciale
- La capacité d’intervenir militairement à l’extérieur
- Le Commonwealth et l’ONU
Pauline Schnapper est professeur de civilisation britannique contemporaine à l’université de la Sorbonne-Nouvelle de Paris. Elle est co-auteur avec David Baker de Britain and the Crisis in the European Union, Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2015 et de Le Royaume-Uni doit-il quitter l’Union européenne ?, Paris, La Documentation française, 2014.
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