Le Venezuela peut-il sortir de l'impasse ?
Depuis la mort d’Hugo Chavez en 2013, le Venezuela s’enfonce dans la crise. Au niveau politique, l’opposition est divisée et ne parvient pas à faire bloc face au président Maduro. Ce dernier prend des mesures de plus en plus contestées, comme la mise en place d’une Assemblée nationale constituante qui lui est acquise. Sur le plan économique, le pays est dépendant du pétrole et pâtit de la baisse des cours. L’inflation est devenue incontrôlable et la pauvreté extrême progresse.
Hugo Chavez a présidé le Venezuela de 1999 à 2013. Après avoir subi plusieurs tentatives de renversement – un coup d’État militaire avorté en avril 2002, un blocage de l’économie par les employeurs et les cadres de l’entreprise pétrolière publique (PDVSA) entre décembre 2002 et février 2003 –, il a réussi à consolider sa « révolution bolivarienne » grâce à un cours du baril de pétrole supérieur à 100 dollars. La manne pétrolière a permis de créer des programmes sociaux baptisés « missions », qui ont amélioré le quotidien des classes populaires en termes d’éducation, de santé, d’alimentation et de logement. Entre le deuxième semestre 2003 et le premier semestre 2007, les taux de pauvreté et d’extrême pauvreté diminuent respectivement de 55,1 % à 27,5 % et de 25 % à 7,6 %. Des dispositifs de démocratie participative sont mis en œuvre : des Conseils locaux de planification publique (CLPP), devenus Conseils communaux puis Communes, font leur apparition.
À partir de janvier 2005, Hugo Chavez a défini son projet politique comme celui d’un « socialisme du XXIe siècle ». Pourtant, les structures de l’économie vénézuélienne n’ont pas significativement changé durant l’ensemble des gouvernements chavistes. Selon les données de la Banque centrale du Venezuela, la part du secteur public dans le produit intérieur brut (PIB) augmente légèrement entre le premier trimestre 1999, date de l’investiture d’Hugo Chavez, et le troisième trimestre 2015, dernier intervalle pour lequel nous disposons de données, passant de 31,9 % à 34,2 % après un minimum de 24,5 % lors du deuxième semestre 2007. Paradoxalement, la radicalisation rhétorique d’Hugo Chavez est concomitante à des pratiques plus conservatrices : la participation politique s’érode et les décisions émanent de plus en plus d’un cercle plus restreint autour du chef de l’État.
Le Venezuela est doté des premières réserves pétrolières mondiales prouvées, et dépend fortement d’une rente pétrolière qui représente plus de 95 % de ses exportations. Il est sujet aux cycles d’abondance et de crise propre à son modèle de monoproduction. La crise dans laquelle le Venezuela s’enfonce depuis 2014 atteint une intensité inédite. L’effondrement économique se double d’une polarisation politique aiguë qui semble sans issue. Les crises politique, économique et sociale et le relatif isolement international s’alimentent mutuellement.
PLAN
- Une polarisation politique aiguë
- L’effondrement du modèle productif
- L’internationalisation de la crise vénézuélienne
- Où va le Venezuela ?
Thomas Posado, spécialiste du Venezuela, est docteur en science politique de l’université Vincennes à Saint-Denis.
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Le Venezuela peut-il sortir de l'impasse ?
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