Les États-Unis et l’Arctique : de l’hibernation à l’engagement
Jusqu’à très récemment, les États-Unis n’ont accordé que peu d’attention à l’Arctique. Avec le réchauffement climatique et l’ouverture croissante de la région au reste du monde, on observe cependant un changement d’attitude du pays à son égard. La multiplication des documents stratégiques, à compter de la fin des années 2000, ainsi que le réinvestissement diplomatique du Conseil de l’Arctique, témoignent alors de l’intérêt accru des États-Unis pour une région en pleine mutation.
Depuis l’achat de l’Alaska à la Russie en mars 1867 pour 7,2 millions de dollars, les États-Unis possèdent le statut de nation arctique, aux côtés de la Russie, du Canada, de la Norvège, de la Suède, de la Finlande, de l’Islande et du Danemark (via le Groenland). La localisation de l’Alaska en fait d’ailleurs le principal objet de la stratégie américaine en Arctique durant la guerre froide. La formule employée en 1971 par l’ancien secrétaire de l’Intérieur Walter Hickel résume alors bien son importance stratégique : « Nous pouvons apercevoir [l’Union soviétique] de chez nous » En effet, seul le détroit de Béring sépare les deux États dans la région. Dans un premier temps, il est donc question pour les États-Unis de se protéger contre l’URSS grâce à la militarisation de leur territoire. L’Arctique est ainsi considéré à cette époque comme une arrière-cour glacée des deux grandes puissances nucléaires, un espace stratégique de dissuasion où se font face les deux blocs.
Si la région n’existe donc pas en tant que telle durant la guerre froide, un élan de coopération régionale ne tarde pas à être impulsé par la Russie et les autres nations arctiques à la sortie de l’ordre bipolaire. Les États-Unis choisissent néanmoins de rester en retrait de cette dynamique naissante. Ce manque d’implication peut notamment s’expliquer par le fait que l’Arctique n’est alors pas considéré comme une priorité par les responsables américains.
On observe cependant depuis quelques années un engagement croissant des États-Unis dans le processus de gouvernance régionale. Ce sursaut survient alors que l’Arctique est affecté par des changements environnementaux drastiques, et s’ouvre de plus en plus au reste du monde. À partir de la fin des années 2000, Washington restructure sa stratégie nationale pour l’Arctique autour d’objectifs sécuritaires, économiques, environnementaux et diplomatiques. Si l’Alaska reste un élément fondamental de la stratégie arctique des États-Unis, il n’en est plus la seule clé de lecture, à mesure que le pays s’implique dans la principale instance de gouvernance régionale : le Conseil de l’Arctique. […]
PLAN
- La difficile implication des États-Unis dans la construction post-guerre froide d’un ordre régional
- Une position ambivalente à l’égard du droit de la mer
- Des disputes maritimes en suspens avec les voisins russe et canadien
- Un acteur réticent de la gouvernance arctique naissante - Un regain d’intérêt dans un contexte de réchauffement climatique
- Une crise de gouvernance marquée par le changement climatique
- Le réinvestissement diplomatique des États-Unis
- Revalorisation du Conseil de l’Arctique et multiplication des documents stratégiques - Les défis présents et à venir
- Une remise en cause de l’engagement environnemental américain ?
- La problématique du tabou militaire dans les relations russo-américaines en Arctique
Christelle Calmels est doctorante au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po Paris.
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