L’impact économique et financier du Brexit
Depuis le vote du peuple britannique pour quitter l’Union européenne le 23 juin 2016, les analyses de l’impact économique et financier du Brexit sur le Royaume-Uni et sur l’Europe sont légion. Apocalyptiques ou fantasmées, objectives ou biaisées, ces analyses occultent souvent l’impact le plus important : l’inquantifiable perte des bénéfices d’une relation de coopération étroite entre Londres et le continent tissée depuis plus d’un demi-siècle.
L’impact économique et financier du Brexit est intrinsèquement difficile à mesurer. Le Brexit implique en effet une rupture de dynamiques économiques établies depuis une cinquantaine d’années entre le Royaume-Uni et l’Union européenne (UE), relations qui doivent être détricotées puis reconstituées sur un modèle différent. À l’heure où s’écrivent ces lignes, ni le détricotage, ni la reconstitution de ces dynamiques ne sont établies sur des bases définitives, ce qui empêche de tirer des conclusions tranchées. La seule incertitude sur l’existence ou non d’un accord final donne une amplitude extrême à l’impact imaginable, puisque de l’absence d’accord pourrait résulter une sortie totalement chaotique du Royaume-Uni de l’UE.
La classique distinction entre aspects qualitatifs et quantitatifs des phénomènes économiques et financiers rend l’évaluation encore plus complexe. L’impact économique et financier ne saurait en effet être cantonné à sa dimension quantitative. La chute du produit intérieur brut (PIB), l’augmentation du chômage, la fermeture d’usines ou le déménagement de groupes financiers, sont tous potentiellement quantifiables, malgré la difficulté évidente de l’exercice, due à l’incertitude du contexte. Mais c’est bien la dimension qualitative de l’impact qu’il faut saisir. Ne plus prendre part aux décisions de l’UE, cesser de discuter de son avenir, ne plus faire partie d’un ensemble autrement plus puissant sur la scène internationale que ses membres pris individuellement : tous ces aspects sont difficilement quantifiables, quel que soit le contexte. Chiffres, estimations, et projections ne peuvent pas rendre compte de la perte d’influence considérable dont le Royaume-Uni souffrira en quittant l’UE.
Royaume-Uni/Europe continentale : une relation tumultueuse
La relation entre le Royaume-Uni et l’intégration économique du continent a toujours été, depuis 1945 et même avant, tumultueuse. Le gouvernement britannique refusa d’abord de se joindre à la Communauté économique du charbon et de l’acier (CECA) créée en 1951. Londres craignait le développement de la méthode d’intégration supranationale que la CECA instituait, et qui consistait à transférer un pouvoir exécutif dans un domaine prédéfini (ici, le charbon et l’acier) à une autorité non-nationale qui en aurait désormais la compétence exclusive. La méthode d’intégration supranationale se manifestait essentiellement dans la création d’une Haute Autorité (précurseur de l’actuelle Commission européenne) et d’une Cour de Justice (précurseur de la Cour de Justice de l’UE). […]
PLAN
- Royaume-Uni/Europe continentale : une relation tumultueuse
- Le mythe de la souveraineté
- Deal or no deal - Quel impact du Brexit sur le Royaume-Uni et sur l’UE ?
Emmanuel Mourlon-Druol, docteur de l’Institut universitaire européen de Florence, est senior lecturer à l’université de Glasgow et non resident fellow à Bruegel. Il est l’auteur de A Europe Made of Money, Ithaca, Cornell University Press, 2012.
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L’impact économique et financier du Brexit
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