L’Indo-Pacifique aux couleurs de la Chine
La montée en puissance économique de la Chine l’installe dans une géographie stratégique nouvelle, du Pacifique à l’Afrique et au Moyen-Orient, ce que traduit sa grande stratégie dite Belt and Road Initiative. Le concept d’Indo-Pacifique, officiellement rejeté par Pékin, tente d’intégrer l’extension de la puissance chinoise dans un cadre multilatéral, qui ferait à sa puissance toute sa place, tout en ménageant les intérêts et les capacités de décision de tous les acteurs de la région.
Début 2018, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi a publiquement rejeté le concept d’Indo-Pacifique, qualifié d’« idée accrocheuse » qui « se dissipera comme l’écume de l’océan ». Il est ironique que la Chine se montre si négative sur l’idée que l’Asie-Pacifique et l’océan Indien forment désormais un seul système stratégique. La Chine, plus que tout autre pays, a voulu ce changement à mesure que s’étendaient ses intérêts et sa présence.
Qu’est-ce que l’Indo-Pacifique ?
L’idée d’Indo-Pacifique reconnaît que les relations économiques et de concurrence stratégique ont rapidement évolué et structurent désormais une vaste région comprenant deux océans. Il paraît donc sensé que les pays y protègent leurs intérêts dans des partenariats s’affranchissant des frontières géographiques traditionnelles. Indo-Pacifique est simplement le nom d’une nouvelle carte d’une très vaste partie du monde, centrée sur l’Asie maritime. Il traduit l’idée que les océans Pacifique et Indien sont liés par le commerce, les infrastructures et la diplomatie, à l’heure où les deux plus grands États du monde, Chine et Inde, suivent des ascensions parallèles. Leurs économies, comme nombre d’autres, dépendent des voies maritimes de l’océan Indien pour acheminer le pétrole du Moyen-Orient et d’Afrique par la principale artère commerciale du monde.
Certains pensent pourtant que l’Indo-Pacifique dissimule, au choix, la prétention américaine à contenir la Chine, la construction d’une alliance australienne, la quête de grandeur de l’Inde, un plan du Japon pour gagner en influence, une volonté indonésienne de s’affirmer, voire des stratégies maritimes européennes de présence en Asie… La Chine se sent, elle, menacée par le terme même. Elle voit l’Indo-Pacifique, entre autres choses, comme la matrice d’une alliance « quadrilatérale » de démocraties – États-Unis, Japon, Inde et Australie – conspirant contre elle.
Ce qui a fait la réalité de l’Indo-Pacifique, c’est le comportement même de la Chine : le développement de sa présence économique, politique et militaire dans l’océan Indien, l’Asie du Sud, le Pacifique Sud, l’Afrique, et au-delà. Officiellement, la Chine rejette le terme Indo-Pacifique comme représentant une stratégie qui vise à l’exclure de la région. Mais c’est bien la présence et les intérêts de la Chine au Sud et à l’Ouest, et par-delà la mer, qui ont fait du bassin des deux océans une réalité. […]
PLAN
- Qu’est-ce que l’Indo-Pacifique ?
- La perspective chinoise : contrôle politique interne et ambition indopacifique
- De la lutte contre la piraterie à la Route maritime de la soie
- Quel avenir pour la stratégie indopacifique chinoise ?
- Tracer un cap
Rory Medcalf est directeur du National Security College à l’Université nationale australienne. Ancien diplomate et analyste pour les services de renseignement australiens, il a été l’un des premiers à défendre et développer le concept d’Indo-Pacifique.
Traduit de l’anglais (Australie) par Cadenza Academic Translations.
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L’Indo-Pacifique aux couleurs de la Chine
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