L’Union européenne, entre fragmentation et consolidation
L’Union européenne (UE) a géré avec succès les effets de la pandémie de Covid-19 et le Brexit a renforcé la cohésion de l’UE autour de l’axe franco-allemand. La confrontation sino-américaine favorise l’unité européenne au sein de l’alliance occidentale. Les controverses sur l’« illibéralisme » peuvent être vues comme une européanisation de la politique intérieure. Pour autant, il n’est pas évident que ces constats entraînent une modification substantielle de l’équilibre entre l’Union et ses États membres.
La crise du Covid-19 a représenté une épreuve majeure pour l’Union européenne (UE) : des mois de confinement qui ont perturbé la vie quotidienne de tous les Européens, pratiquement sans exception, avec des contraintes sans équivalent depuis la Seconde Guerre mondiale ; presque un million de morts du virus dans toute l’Union ; une chute brutale de 6 % du produit intérieur brut (PIB) en 2020 (7 % pour la zone euro). L’Union a su décider, en réponse à cette crise, un plan de relance financé par des emprunts européens qui semblaient relever de l’utopie peu avant l’épidémie. Elle a aussi su développer une riposte sanitaire via une politique commune de vaccination qui, si elle a patiné au départ, a fait ses preuves sur la durée. Le débat sur l’autonomie stratégique et sur la politique industrielle a également connu des avancées importantes à la faveur de la pandémie.
Il faut pourtant regarder au-delà du Covid-19 si les forces d’union l’emportent sur les forces de fragmentation. Les changements structurels profonds qui impactent l’Union européenne tiennent à d’autres facteurs qu’à une crise sanitaire qui, après tout, est d’abord accidentelle. Le premier élément à prendre en compte est ici le Brexit, qui a connu son épilogue en 2020 avec la sortie du Royaume-Uni de l’Union et la mise en place d’un accord de commerce et de coopération. Le deuxième est le tournant géopolitique dans la relation avec la Chine, provoqué par la montée de la confrontation sino-américaine. Le troisième est le poids croissant des tendances « illibérales » dans nos démocraties, qui minent leur cohésion. C’est à la lumière de ces différents facteurs qu’il faut examiner les possibilités d’une intégration renforcée de l’Union.
Le Brexit : un changement de cap géopolitique et géoéconomique
Le Brexit est un succès de l’illibéralisme. Ce sont les conservateurs, les nationalistes et les déçus de la mondialisation qui ont assuré le succès du vote anti-UE du 23 juin 2016 et la stratégie du take back control. C’est le même type de coalition qui avait assuré le rejet du projet de Constitution européenne en France et aux Pays-Bas en 2005.
PLAN
- Le Brexit : un changement de cap géopolitique et géoéconomique
- Le tournant géopolitique sur la Chine
- Le défi de l’« illibéralisme »
- L’intégration jusqu’où ?
Maxime Lefebvre est diplomate, ancien ambassadeur et professeur à l'ESCP Business School. Il a notamment publié La Construction de l'Europe et l'avenir des nations (Paris, Armand Colin, 2013) et La Politique étrangère européenne (Paris, PUF-Que sais-je ?, 3e édition, 2021).
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