« Remodeler » le Moyen-Orient ?
Le chaos se développe, interminable, au Moyen-Orient. L’attaque israélo-américaine contre l’Iran se traduit par un net échec militaire et diplomatique, mais elle ouvre la voie à une recomposition régionale aux effets incertains. De nouveaux regroupements régionaux se dessinent, autour d’Israël ou d’une perspective de cohabitation avec Téhéran, avec une réduction de l’influence américaine et une marginalisation européenne, tandis que la Chine confirme une discrète présence.
Depuis deux décennies, le Moyen-Orient plonge dans un chaos de moins en moins maîtrisable. Cette situation est largement liée aux effets conjugués de la désastreuse intervention américaine en Irak de 2003, de l’irruption puis de l’échec des printemps arabes, de la montée en puissance d’Al-Qaïda puis de l’État islamique. L’attaque terroriste du Hamas du 7 octobre 2023 et la réplique tous azimuts du gouvernement israélien, décidé à remodeler le Moyen-Orient avec l’appui des États-Unis, n’ont fait qu’ajouter le chaos au chaos. L’avenir de cette région, stratégique et sensible, aux portes de l’Europe, est devenu une menace pour sa sécurité. Les voies d’un retour à la stabilité, très incertaines, pourraient s’accompagner d’un basculement géostratégique au détriment des États-Unis et des pays européens.
PLAN DE L'ARTICLE
- Un Moyen-Orient sinistré
- Israël dans l’impasse
- L’Iran : une menace persistante
- Les pays du Golfe déstabilisés
- Un basculement géopolitique
Denis Bauchard, ancien ambassadeur, est conseiller Moyen-Orient à l’Ifri. Il est l’auteur de Le Moyen-Orient au défi du chaos (Paris, Maisonneuve et Larose/Hémisphères, 2021).
Article publié dans Politique étrangère, vol. 91, n° 3, 2026.
Contenu disponible en :
Thématiques et régions
ISBN / ISSN
Utilisation
Comment citer cette publicationPartager
États-Unis : de nouvelles options nucléaires ?
La Nuclear Posture Review (NPR) américaine présentée en février 2018 réaffirme l’importance du nucléaire dans la stratégie américaine, dans un environnement stratégique perçu comme dégradé. Elle se distingue symboliquement du discours d’Obama qui en appelait à la fin de l’armement nucléaire. Cette nouvelle NPR annonce des inflexions capacitaires, en particulier en faveur des armes tactiques, plus que de vraies ruptures. Ces inflexions dépendront des décisions budgétaires du Congrès.
Iran : anatomie d’un pouvoir en guerre
L’élimination du Guide suprême Ali Khamenei et de plusieurs hauts dirigeants dès le début de l’opération américano-israélienne de 2026 n’a pas permis de faire chuter le régime iranien. Celui-ci s’était préparé à un tel scénario, notamment en se décentralisant. En outre, il continue de s’adapter à la guerre. Le pouvoir des Gardiens de la révolution s’accroît, au détriment du clergé chiite. L’appareil sécuritaire défend la souveraineté du pays et justifie ses actions au nom de la raison d’État.
Les États-Unis et l’Arctique : de l’hibernation à l’engagement
Jusqu’à très récemment, les États-Unis n’ont accordé que peu d’attention à l’Arctique. Avec le réchauffement climatique et l’ouverture croissante de la région au reste du monde, on observe cependant un changement d’attitude du pays à son égard. La multiplication des documents stratégiques, à compter de la fin des années 2000, ainsi que le réinvestissement diplomatique du Conseil de l’Arctique, témoignent alors de l’intérêt accru des États-Unis pour une région en pleine mutation.
Piraterie et insurrections dans le golfe de Guinée
Le golfe de Guinée est une voie de navigation importante et recèle des richesses – notamment pétrolières – qui suscitent convoitises et tensions. Les États de la région, soutenus par la communauté internationale, tentent de se mobiliser face à la piraterie. Une autre source d’instabilité menace la région : les mouvements insurrectionnels et sécessionnistes, en particulier dans le delta du Niger et dans l’Ambazonie, c’est-à-dire la partie anglophone du Cameroun.