Vers la fin de vingt ans de guerre contre le terrorisme ?
Vingt ans après le 11 Septembre, le bilan de la « guerre contre le terrorisme » est contrasté : lourd coût financier et humain, affaiblissement des « centrales » mais diffusion des implantations, fatigue des guerres sans fin… Les puissances occidentales n’ont jamais pu traiter les problèmes politiques qui survivaient à leurs succès militaires. Une nouvelle hiérarchie des défis sécuritaires semble devoir remettre le terrorisme à sa juste place : un problème stratégique parmi de nombreux autres.
« L’objectif était clair et la cause était juste. » C’est en ces termes que le président des États-Unis Joe Biden qualifiait, le 14 avril 2021, la guerre entreprise près de vingt ans auparavant par l’un de ses prédécesseurs, George W. Bush, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. En dépit de cette clarté de l’objectif, de cette justesse de la cause, c’est pourtant pour annoncer un retrait bien amer, aux allures mêmes de défaite, que le président nouvellement élu prenait la parole ce jour-là : « Je suis le quatrième président américain à commander des troupes américaines en Afghanistan […] je ne passerai pas cette responsabilité à un cinquième. […] Il est temps de mettre fin à la plus longue guerre de l’histoire des États-Unis. »
Au cours des mois qui suivent, le retrait effectif des forces armées américaines – dont le terme est initialement fixé à la date éminemment symbolique du 11 septembre 2021 – s’accompagne d’un véritable effondrement du gouvernement afghan, porté à bout de bras deux décennies durant par Washington et la communauté internationale, ainsi que d’un raz-de-marée taliban, ce mouvement même qui semblait avoir été défait sans appel à la fin 2001 par l’opération Enduring Freedom. Entre la veille du discours de Joe Biden, le 14 avril, et le milieu du mois de juillet, le nombre de districts effectivement contrôlés par les talibans passe de 77 à 222, soit près de 60 % du territoire. L’insurrection exerce également une influence déterminante dans 112 autres districts, n’en laissant qu’un faible nombre (73) aux mains d’un gouvernement exsangue, ne tenant plus que les grandes villes du pays.
Par-delà le seul théâtre afghan, c’est en fait l’ensemble de la campagne de « guerre mondiale contre la terreur » initiée en 2001 qui semble aujourd’hui sur le point de prendre un tournant décisif. La bascule américaine de l’effort stratégique vers l’Asie orientale et le Pacifique, annoncée depuis près de dix ans, paraît aujourd’hui bel et bien amorcée. En Irak et en Syrie, les moyens du contre-terrorisme n’ont cessé de se contracter, tandis qu’au Sahel, où la France portait la charge de coordonner les efforts internationaux face aux groupes djihadistes, le président Emmanuel Macron a lui aussi annoncé la fin programmée d’une opération Barkhane qui durait depuis plus de huit ans. Ailleurs, alors que la mouvance djihadiste internationale semble à nouveau marquer des points – au Mozambique ou en République démocratique du Congo –, l’appétence de la communauté internationale pour intervenir demeure pour le moins discrète, sinon pusillanime. […]
PLAN
- Un bilan peu flatteur
- Les apories de la grande stratégie
- Une bascule d’effort stratégique
Élie Tenenbaum est directeur du Centre des études de sécurité de l’Institut français des relations internationales. Il vient de publier, avec Marc Hecker, La Guerre de vingt ans – Djihadisme et contre-terrorisme au XXIe siècle (Paris, Robert Laffont, 2021).
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