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Israël sort-il affaibli de la trêve entre les États-Unis et l’Iran ?

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interrogée par Guillaume Erner sur

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Après la trêve USA-Iran, Israël intensifie ses frappes au Liban malgré l’accord, révélant des tensions avec Washington. Exclu des négociations et engagé sur plusieurs fronts, Tel-Aviv voit sa marge d’action questionnée, tandis que la trêve pourrait peser sur la suite de son offensive.

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Israël sort-il affaibli de la trêve entre les États-Unis et l’Iran ?
Beyrouth, Liban - 6 mars 2026 - Attaques israéliennes sur la banlieue sud de Beyrouth.
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À peine le cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran conclu, Israël a lancé au Liban une vague de frappes d’une ampleur inédite, comme si la trêve ne s’appliquait pas à ce front. Négocié sans Tel-Aviv, cet accord interroge à la fois la marge de manœuvre israélienne et son degré de dépendance à Washington, alors que l’armée est engagée sur plusieurs théâtres et confrontée à des contraintes croissantes. Dans ce contexte, quelles conséquences cette trêve peut-elle avoir sur l’offensive israélienne ?

Israël face à la multiplication des fronts militaires

Le cessez-le-feu conclu entre les États-Unis et l’Iran est « à géométrie variable » avec une « version américaine » ainsi qu'une « version iranienne » avec comme différence principale « l'inclusion ou non d'Israël dans le cessez-le-feu », explique Amélie Férey. Tandis que Téhéran considère qu’il implique aussi l’arrêt des frappes israéliennes sur le territoire libanais, Israël affirme au contraire qu’il ne concerne que le front iranien et poursuit son offensive avec l’objectif stratégique de « créer une zone tampon » au sud du Liban. Mais les frappes dépassent largement cette seule logique défensive : l’opération « Obscurité éternelle », marquée par « cent frappes en une dizaine de minutes », illustre la volonté israélienne de frapper massivement et rapidement, y compris dans la profondeur du Liban et jusqu’à Beyrouth.

Cette intensification militaire répond également à une logique de fenêtre stratégique réduite : avec la trêve entre Washington et Téhéran, Israël estime disposer de peu de temps pour affaiblir durablement le Hezbollah avant un éventuel rééquilibrage diplomatique régional. Mais derrière la logique militaire apparaît aussi un calcul politique intérieur. À l’approche des élections, Benjamin Netanyahou cherche à démontrer qu’il a su « traiter la menace du Hezbollah » et réduire significativement les capacités de ses ennemis régionaux, dans un contexte où plusieurs fronts restent ouverts et où les résultats obtenus demeurent incomplets. Selon Amélie Férey, l'objectif de Netanyahou est de pouvoir défendre le récit d’un dirigeant ayant imposé "un nouvel ordre moyen-oriental" et desserré l’étau iranien, tandis que l’opposition critique une stratégie de guerre permanente sans véritable débouché politique.

Une puissance militaire fragilisée par l’absence de solution politique

Malgré la supériorité technologique israélienne, la multiplication des fronts commence à peser lourdement sur l’armée. Engagée simultanément à Gaza, en Cisjordanie, au Liban, face à l’Iran et aux Houthis, elle fait face à une pression humaine et logistique croissante. Le chef d’état-major a reconnu que l’armée israélienne, pensée pour des « guerres courtes » et décisives, n’est pas structurée pour soutenir durablement des conflits multiples de longue durée. Cette surcharge militaire s’accompagne d’une fatigue croissante dans la population israélienne, épuisée par les alertes répétées, les tirs de missiles et l’absence de perspective claire, nourrissant un sentiment diffus « de ne pas savoir où est-ce qu’Israël va ».

Si les capacités militaires du Hamas, du Hezbollah et de l’Iran ont été « extrêmement réduites », cette efficacité tactique ne suffit pas à produire une victoire stratégique durable. Pour Amélie Férey, les événements récents montrent que « les objectifs militaires, quand ils sont limités, sont à portée des armées", mais qu’« un objectif militaire ne peut jamais devenir un objectif politique ». En l’absence de projet diplomatique structuré, les succès militaires risquent donc de perdre leur sens et de délégitimer progressivement l’usage de la force. Depuis octobre 2023, Israël apparaît ainsi enfermé dans une logique où la réponse militaire domine sans parvenir à ouvrir de véritable issue politique, illustrant les limites d’une stratégie fondée presque exclusivement sur la puissance armée.
 

>> Écouter le podcast sur le site de Radio France.
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Guillaume Erner

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Amélie FÉREY

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Beyrouth, Liban - 6 mars 2026 - Attaques israéliennes sur la banlieue sud de Beyrouth.
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