Istanbul assiégée par le gouvernement turc
Bastion de l'AKP pendant plus de 20 ans, l'élection d'Ekrem İmamoğlu à la mairie d'Istanbul en 2019 a marqué une nouvelle donne politique. Très populaire, Recep Tayyip Erdoğan l'a fait arrêté pour corruption alors qu'il officialisait sa candidature pour la prochaine élection présidentielle.
Avec :
- Jean-François Pérouse, enseignant-chercheur de l'Université de Toulouse-II, géographe urbain
- Dorothée Schmid, responsable du programme Turquie/Moyen-Orient de l'Ifri
- Gülçin Erdi, directrice de recherche au CNRS et ancienne responsable de l’Observatoire urbain de l’Institut français d’études anatoliennes à Istanbul.
« Celui qui tient Istanbul tient la Turquie. » La formule, prononcée par Recep Tayyip Erdoğan, résume à elle seule l’enjeu que représente la métropole turque, cœur démographique et économique du pays. Durant les années 2000 et 2010, la ville a constitué un bastion de l'AKP (le Parti de la justice et du développement), le parti du président Recep Tayyip Erdoğan. Mais en 2019, la victoire d'Ekrem İmamoğlu et du Parti républicain du peuple (CHP) fait basculer la ville dans l'opposition. Depuis, le bras de fer entre la mairie et le pouvoir central n’a cessé de s’intensifier.
Arrêté en mars 2025, Ekrem İmamoğlu est aujourd’hui détenu depuis neuf mois, accusé de diriger un « réseau criminel » aux ramifications tentaculaires. Avec 142 chefs d’accusation et un procès qui s’ouvre le 9 mars prochain, son arrestation symbolise une répression qui vise aussi une dizaine d’autres maires d’arrondissements de la ville. Pourtant, la popularité d’Ekrem İmamoğlu ne faiblit pas. Désigné candidat du parti républicain du peuple (CHP) pour la présidentielle de 2028, il incarne l’opposition face à Recep Tayyip Erdoğan, dans un contexte de crise économique et de tensions politiques exacerbées.
Comment expliquer cet acharnement judiciaire ? En quoi la rivalité entre la mairie d’Istanbul et le gouvernement reflète-t-elle une lutte pour le contrôle du pays ? En quoi l’arrestation et le procès à venir de Ekrem İmamoğlu a-t-il été un choc pour les Stambouliotes ? Pourquoi est-il devenu la bête noire de Erdoğan ? Quel est son bilan à la tête de la ville depuis 2019 ? A-t-il mis en place une politique qui s’oppose, dans les faits, à celle de Erdoğan ? Istanbul a-t-elle toujours représenté un contre-pouvoir politique en Turquie ? En quoi est-elle un foyer de résistance politique et social ?
Focus – Mansur Yavaş, maire d’Ankara et futur candidat à la prochaine élection présidentielle ?
Avec Gülçin Erdi, directrice de recherche au CNRS et ancienne responsable de l’Observatoire urbain de l’Institut français d’études anatoliennes à Istanbul. Son dernier ouvrage, Ankara, miroir de la Turquie moderne, paraît aux éditions de l’Université de Bruxelles le 15 janvier 2026.
Avec l’arrestation d’Ekrem İmamoğlu et de quasiment tous les élus locaux du CHP, la métropole stambouliote a perdu tous ses opposants. La dynamique semble se déplacer désormais vers Ankara, où le maire Mansur Yavaş pourrait devenir la figure principale capable de rivaliser avec l’AKP, le parti de Recep Tayyip Erdoğan pour la prochaine élection présidentielle en 2028.
> Écouter le podcast sur le site de Radio France.
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