Le Canada dans l’Indo-Pacifique : poursuivre le pivot, renforcer le partenariat avec la France
Depuis le lancement de sa première stratégie indo-pacifique (SIP) en novembre 2022, Ottawa a progressivement quitté les marges de l’engagement régional pour gagner en visibilité stratégique, avec une dynamique notable mais inégale. Dotée d’un investissement initial de 2,3 milliards de dollars canadiens sur cinq ans, cette stratégie traduit une reconnaissance attendue de longue date : le Canada est une nation du Pacifique dont la prospérité et la sécurité sont indissociables de la stabilité de la région la plus déterminante au monde sur les plans économique et stratégique.
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Points clés
La stratégie indo-pacifique adoptée par le Canada en 2022 constitue l’engagement régional le plus ambitieux et le plus intégré du pays. Toutefois, la dispersion des priorités entre 24 initiatives et 17 ministères risque d’en limiter les effets concrets.
La stratégie canadienne est traversée par une tension structurelle : le gouvernement Carney cherche à renouer prudemment les relations économiques avec la Chine tout en approfondissant ses partenariats de sécurité avec des pays qui considèrent Pékin comme une menace stratégique majeure. Cohérente en théorie, cette approche demeure instable sur le plan opérationnel.
La France est l’un des partenaires indo-pacifiques les plus naturels du Canada en Europe : une puissance présente dans la région, disposant d’une souveraineté territoriale, de forces militaires prépositionnées et du réseau institutionnel de l’Agence française de développement (AFD). Pourtant, le partenariat bilatéral est resté largement déclaratif.
Ce Briefing plaide en faveur d’un programme concret de partenariat franco-canadien articulé autour de quatre domaines opérationnels — la sécurité maritime, les minerais critiques, le développement dans les îles du Pacifique et la coordination institutionnelle — et formule des recommandations.
Cependant, malgré ces avancées positives, le risque demeure que le Canada reste un acteur dont l’engagement dans la région est ponctuel. Il importe également de replacer cet engagement indo-pacifique dans le contexte plus large du constat formulé avec une franchise inhabituelle par le Premier ministre Mark Carney à Davos, en janvier 2026 : les puissances moyennes doivent former des coalitions autour d’objectifs communs si l’ordre international fondé sur des règles doit résister aux pressions de la rivalité entre grandes puissances.
Si la SIP a permis d’obtenir des résultats importants grâce à son approche globale, des avancées plus significatives pourraient être réalisées en la recentrant sur un ensemble de priorités. Par ailleurs, l’engagement croissant du Canada dans l’Indo-Pacifique ouvre des perspectives de coordination avec la France. Le Canada et la France — deux puissances de l’Indo-Pacifique présentes dans la région ou situées à proximité, et dont les visions stratégiques sont étroitement convergentes — n’ont pas encore pleinement exploité les bénéfices potentiels de leur partenariat.
La coopération franco-canadienne dans l’Indo-Pacifique pourrait s’accélérer dans plusieurs domaines : la sécurité maritime, les minerais critiques, l’aide au développement dans les îles du Pacifique et la coordination institutionnelle. Dans un monde marqué par l’instrumentalisation des interdépendances et le recul de la gouvernance multilatérale, la solidarité entre puissances moyennes n’est pas une question de sentiment : c’est une stratégie.
Ce Briefing est uniquement disponible en anglais.
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