Le Japon face à l’arme nucléaire. Entre dissuasion élargie et dilemmes normatifs
Depuis la fin des années 1950, la politique japonaise en matière d’armes nucléaires repose sur la coexistence de deux logiques normatives concurrentes : le rejet de l’arme nucléaire, ancré dans l’héritage de Hiroshima et de Nagasaki, et la reconnaissance du rôle central de la dissuasion nucléaire élargie américaine pour la sécurité du Japon.
La dégradation de l’environnement sécuritaire en Asie du Nord-Est fragilise l’équilibre entre ces deux logiques. Confronté à l’expansion sans précédent de l’arsenal nucléaire chinois, à la consolidation de la Corée du Nord en tant que puissance nucléaire régionale et à la résurgence de la menace russe, le Japon fait face à des risques croissants qui mettent à l’épreuve la crédibilité de la dissuasion élargie – interrogations accentuées depuis le retour de Donald Trump au pouvoir.
Dans ce contexte, malgré la persistance de déclarations en faveur d’une prolifération nucléaire nationale, le rejet d’un programme nucléaire militaire procède d’un choix réfléchi et renouvelé depuis les années 1960, fondé sur des contraintes qui demeurent toutes valides. En parallèle, le débat public sur les questions nucléaires s’élargit autour de trois questions qui accroissent la tension entre les deux logiques normatives : la révision du principe de non-introduction des armes nucléaires sur le territoire national ; un partage nucléaire avec les États-Unis, officiellement rejeté mais bénéficiant d’un intérêt croissant ; et la propulsion nucléaire navale, dont la valeur stratégique se heurte à des obstacles juridiques et politiques.
Ces débats indiquent que l’avenir de la politique japonaise en matière d’armes nucléaires est de plus en plus déterminé par l’environnement stratégique régional, et se joue désormais dans l’espace entre la lettre des principes non nucléaires et la réalité des impératifs de dissuasion.
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