16
avr
2024
Espace Média L'Ifri dans les médias
Amélie FEREY, interviewée par Joseph Confavreux pour Médiapart 

« On n’envoie pas des missiles balistiques sans assumer le risque d’une escalade »

Israël a frappé le Liban, mardi 16 avril, et tué un haut commandant du Hezbollah. Quelles peuvent être les répliques de l’attaque iranienne du week-end dernier ? Entretien avec Amélie Férey, chercheuse à l’Ifri.

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Amélie Férey est chercheuse à l’Ifri (l’Institut français des relations internationales) au Centre des études de sécurité et responsable du laboratoire de recherche sur la défense. Elle a publié en 2020 un ouvrage issu de sa thèse intitulé  Assasinats ciblés. Critique du libéralisme armé, publié aux éditions CNRS. Pour Médiapart, elle revient sur les raisons et les conséquences de l'offensive militaire inédite de l'Iran. 

A propos du bombardement du consulat iranien à Damas et de la riposte inédite contre Israël depuis son propre sol : 

Amélie Férey: "Le fait d’avoir visé le consulat iranien à Damas s’inscrit dans une continuité de bombardements et d’attaques ciblées visant à éliminer des hauts responsables iraniens ou appartenant au Hezbollah, au Hamas ou à d’autres groupes armés dans la région.

Ce qui est plus inédit, c’est la réponse iranienne, qui éclaire, selon moi, la position et le rôle de ce pays dans la crise proche-orientale actuelle. Pour contrer l’attaque de drones et de missiles, Israël a dû puiser dans un stock de munitions déjà bien entamé par la guerre à Gaza – même si ce ne sont pas exactement les mêmes types de munitions qui sont utilisés sur les différents terrains. Cela complique une opération contre le Hezbollah, et c’était peut-être un des buts recherchés par le régime iranien".

Au sujet de la question de savoir si l'Iran a les moyens d'un affrontement militaire de plus grande envergure avec Israël: 

AF: "Tout le débat dans la communauté stratégique est aujourd’hui de savoir si l’Iran n’avait pas les moyens véritables d’atteindre Israël ou s’il a fait volontairement peu de dégâts en Israël pour demeurer sous le seuil du conflit ouvert, comme il l’avait déjà fait en répliquant à l’assassinat, par un drone américain sur renseignements israéliens, du général Qassem Soleimani, commandant de la force Al-Qods, en 2020. 

Il me paraît difficile de trancher entre ces deux hypothèses. Il est certain que l’Iran avait averti de sa riposte, et ce n’est sans doute pas un hasard si, quelques jours avant l’attaque, Israël avait effectué des exercices de brouillage GPS grandeur nature qui ont été activé pour neutraliser le système de guidage des missiles du week-end dernier.

Mais il est encore plus certain qu’on n’envoie pas des missiles de moyenne portée sans assumer de fait le risque d’une escalade militaire, ce qui fait que, de mon point de vue, nous sommes déjà dans une escalade".

Sur les raisons de la riposte: 

AF: "Pour moi, la riposte iranienne est avant tout liée à une appréciation de la situation, où le régime a pu juger qu’Israël était en situation de faiblesse,et qu’il fallait protéger le Hezbollah alors que montait dans les cercles militaires israéliens une petite musique jugeant qu’il fallait en finir avec la menace du Hezbollah".

A propos de la risposte israélienne: 

AF: "Il est certain qu’il va y avoir une riposte israélienne. Celle- ci n’aura toutefois pas le même sens s’il s’agit d’un raid aérien sur le territoire iranien, qui pourrait équivaloir à une déclaration de guerre, ou bien d’une cyberattaque ou d’une opération hybride qui pourrait laisser des marges afin de demeurer sous le seuil d’un conflit ouvert.

L’enseignement principal à tirer de ce qui se passe, c’est l’accentuation d’un conflit entre un axe Chine- Russie-Iran et un Occident militairement contesté et affaibli. Ce qui est nouveau, c’est la manière dont la Russie espère tirer les marrons du feu, en affaiblissant Biden, à la fois en maximisant les chances que Trump l’emporte en novembre et en espérant que la mobilisation américaine pour défendre Israël assèche le potentiel miliaire et l’aide des États-Unis envers l’Ukraine".

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conflit armé conflit israélo-palestinien Hezbollah Israël Liban