Perspectives pour 2026 : un nouvel ordre économique mondial ?
Depuis dix ans, entre le referendum sur le Brexit et le premier mandat de Donald Trump, la situation internationale ne cesse de se bouleverser. L'année 2026 commence, elle, par une attaque américaine contre le Venezuela et l’enlèvement de son président, Nicolás Maduro. Les États-Unis donnent-ils le ton d’un monde où seule compte désormais la force ?
Éléments de réponse avec Anne-Laure Kiechel, fondatrice et présidente de Global Sovereign Advisory, et Sébastien Jean, professeur au CNAM (Conservatoire national des arts et métiers), également directeur associé à l’Ifri, l’Institut français des relations internationales, laboratoire d’idées basé à Paris.
Pour Sébastien Jean, l’économie mondiale a franchi en 2026 un point de bascule historique : l’effritement des normes internationales et du multilatéralisme laisse place à une logique de force brute. Ce mouvement, amorcé après la crise de 2007-2009, s’est accéléré avec la sortie de fait des États-Unis du cadre multilatéral et de l’OMC. Dès lors que les puissances dominantes ne respectent plus les règles qu’elles ont elles-mêmes construites, le droit international cesse de jouer son rôle de garde-fou et incite les autres États à adopter la même logique.
La politique commerciale américaine illustre ce basculement. Donald Trump a remporté une victoire tactique en imposant des droits de douane unilatéraux sans déclencher de choc immédiat sur les marchés ni de représailles généralisées. Mais cette réussite de court terme constitue, selon Sébastien Jean, une impasse stratégique : ces mesures ne s’inscrivent dans aucune véritable stratégie de réindustrialisation et fragilisent durablement les alliances américaines, qu’il s’agisse du Mexique, du Canada, de l’Inde ou même d’alliés de l’OTAN, dans un contexte où le rapport de force l’emporte désormais sur le droit.
Face aux États-Unis, la Chine exerce une domination industrielle et commerciale profondément déstructurante. Ses excédents manufacturiers colossaux, son avance massive dans les technologies propres et son contrôle de ressources critiques comme les terres rares lui permettent d’imposer des dépendances asymétriques. Pékin cherche une autonomie technologique totale tout en maintenant le reste du monde dans une situation de dépendance, utilisant cette position comme un levier de pression politique.
Dans ce contexte de rivalités croissantes, la croissance mondiale ralentit structurellement. L’intelligence artificielle soutient encore l’économie américaine, l’Europe demeure molle, et la Chine voit son potentiel de croissance s’éroder, possiblement masqué par des statistiques peu fiables. Face à l’omniprésence industrielle chinoise, même des partenaires ou pays émergents commencent à se protéger pour ne pas devenir de simples variables d’ajustement. Pour Sébastien Jean, cette configuration installe durablement un monde économique dominé par les tensions, les déséquilibres et le rapport de force.
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