Rechercher sur Ifri.org

À propos de l'Ifri

Recherches fréquentes

Suggestions

Thomas Gomart : « Donald Trump s’est laissé tordre le bras par Benjamin Netanyahu »

Interventions médiatiques |

invité de la matinale sur

  Radio Classique  

 
Accroche

Selon Thomas Gomart, l'Europe n'a ni anticipé la trajectoire qu'allait prendre la Russie après l'annexion de la Crimée, ni le fait qu'elle allait devoir s'occuper de la question russe par elle-même, au regard de la reconfiguration transatlantique.

Image principale médiatique
« Donald Trump s’est laissé tordre le bras par Benjamin Netanyahu » (Thomas Gomart) Ifri Radio Classique
Table des matières
Table des matières
body

« Il n’est pas impossible qu’on se trompe sur les États-Unis comme on s’est trompé sur la Russie depuis l’invasion de la Crimée », selon Thomas Gomart.

Donald Trump a menacé la République islamique, mercredi 28 janvier, de l’envoi d’une immense « armada » si elle ne renonce pas à l’arme nucléaire. Dans le même temps, la guerre en Ukraine dépasse les deux millions de victimes et l’Europe peine à mesurer l’ampleur des bouleversements en cours. Invité de la matinale, Thomas Gomart, directeur de l’Institut français des relations internationales (Ifri), et auteur de l’ouvrage Qui Contrôle Qui – Les rapports de force des nouveaux ordres mondiaux, publié aux éditions Tallandier, décrypte ces nouveaux rapports de force mondiaux.

Pour Thomas Gomart, la stratégie de Donald Trump visant à mettre la pression sur l’Iran relève d’une « pression avant tout médiatique » visant à « saturer l’espace médiatique ». Pour l’invité, cette méthode illustre parfaitement le style du milliardaire républicain : « Il pense comme Al Capone. On obtient plus de choses avec un revolver et un sourire qu’avec simplement un sourire. » Une approche déjà testée au Venezuela avec l’enlèvement de Nicolas Maduro.

Mais l’Iran représente un défi d’une tout autre ampleur. « L’hostilité aux États-Unis est le cadre constitutif de la République islamique depuis 1979 », rappelle Thomas Gomart. Surtout, le programme nucléaire iranien constitue « la colonne vertébrale » des efforts du régime depuis plusieurs décennies. « À l’inverse de l’obsession historique des Occidentaux d’empêcher l’avènement d’une nouvelle puissance nucléaire, la République islamique est très peu prête à y renoncer », prévient-il.

Netanyahu-Khamenei, deux régimes qui ont besoin de la guerre

Dans son ouvrage, Thomas Gomart consacre un chapitre au duel entre Benjamin Netanyahu et Ali Khamenei, le guide suprême iranien. Une confrontation révélatrice des nouveaux rapports de force mondiaux. « Il est frappant de voir à quel point les deux régimes ont besoin de la guerre pour se maintenir », analyse-t-il. Pour Netanyahu, au pouvoir depuis près de 20 ans, la guerre joue un rôle paradoxal : à chaque fois qu’il se trouve en grande faiblesse politique intérieure, le conflit « le remet toujours au centre de la scène politique israélienne et régionale ».

Plus surprenant encore, le Premier ministre israélien parvient à « faire faire fondamentalement à Donald Trump ce qu’il ne voulait pas faire », notamment en obtenant des frappes américaines contre l’Iran avant l’été. « Cela montre que le « qui contrôle qui » est toujours beaucoup plus complexe, explique le directeur de l’Ifri. Dans le système interdépendant dans lequel nous sommes, c’est un jeu d’effets, de contre-effets, d’action et de réaction. »

L’aveuglement européen à propos de la guerre en Ukraine

Le bilan de la guerre en Ukraine révélé hier, soit deux millions de victimes, des centaines de milliers de morts et des millions de blessés, provoque chez Thomas Gomart une réaction alarmée. « Le problème fondamental que nous avons, nous Européens, c’est que nous n’arrivons pas à nous représenter ces chiffres […]. C’est un degré de violence infligé à deux corps sociaux qui va se diffuser dans ces sociétés pendant plusieurs décennies », avertit-il. Avec un objectif affiché de mobilisation de 1,5 million d’hommes d’ici 2030 et de tels taux de pertes, « redescendre dans le niveau de violence est extrêmement difficile. Je crains que Vladimir Poutine n’en soit pas capable. »

Thomas Gomart porte un constat sévère sur l’analyse européenne de la Russie. « Depuis 2014, l’annexion de la Crimée a été complètement sous-estimée par l’establishment », regrette-t-il. Un aveuglement qui persiste : « Fondamentalement, nous nous sommes trompés sur la Russie, sur la trajectoire qu’elle allait prendre. Je pense que nous continuons à nous tromper. » Engendrant des conséquences lourdes, au regard de ce qu’il appelle « la collusion idéologique entre la Maison Blanche et le Kremlin », l’expert prévient : « Les Européens vont être amenés à traiter la question russe par eux-mêmes, de plus en plus, avec un soutien américain qui va être ponctuel ou peut-être absent. » Une réalité que l’Europe refuse de voir, par crainte d’avoir à réorganiser son système de défense et d’allouer massivement des ressources. Thomas Gomart insiste : « Nous ne voulons pas comprendre. »

> Lire l'article rédigé par Daphnée Cataldo sur le site de Radio Classique.

Decoration

Média

Nom du journal, revue ou émission
Radio Classique

Journaliste(s):

Journaliste
David Abiker

Format

Catégorie journalistique
Podcast

Partager

Decoration
Auteurs
Photo
Thomas GOMART

Thomas GOMART

Intitulé du poste

Directeur de l'Ifri