« Asphyxie lente » ou attaque armée : la Chine pourrait-elle briser le statu quo et envahir Taïwan ?
Après sa visite en Chine, des déclarations de Donald Trump concernant l’indépendance de Taïwan ou la livraison d’armes américaines ont inquiété les autorités taïwanaises, qui vivent dans la crainte d’une invasion chinoise.
Taïwan pourrait-elle subir une invasion de la Chine ? Après la visite de Donald Trump en Chine la semaine dernière, les autorités de Taipei ont multiplié les déclarations réaffirmant être « une nation démocratique, souveraine et indépendante, qui n’est pas subordonnée à la République populaire de Chine ».
« L’avenir de Taïwan ne peut être décidé par des forces étrangères, ni être pris en otage par la peur, la division ou des intérêts à court terme », a encore affirmé le président taïwanais Lai Ching-te ce mercredi 20 mai.
Ces réactions inquiètes interviennent après les déclarations du président américain Donald Trump. Washington est tenu de fournir des armes défensives à l’île en vertu du Taïwan Relations Act, une loi adoptée par le Congrès américain en 1979. Et « Taïwan dépend très fortement de l’industrie d’armement américaine », souligne auprès du Parisien Marc Julienne, directeur du Centre Asie à l’Ifri.
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Un recours aux armes possible ?
Le statu quo entre Taïwan et la Chine semble pour le moment conservé. « C’est le statu quo que nous cherchons à défendre, il n’y a pas de soi-disant problème d’indépendance de Taïwan », a ainsi rappelé Lai Ching-te ces derniers jours.
« S’il y avait une déclaration d’indépendance officielle de Taïwan, la Chine aurait vraisemblablement déjà attaqué », explique Marc Julienne. Le parti au pouvoir — Parti démocrate progressiste — est considéré comme indépendantiste par la Chine, mais il est en réalité « très favorable au statu quo, comme la très grande majorité des Taïwanais. C’est-à-dire pas d’unification, pas d’indépendance. On reste comme on est. »
Une invasion armée n’est toutefois pas complètement exclue. Marc Julienne rappelle que, pour le gouvernement chinois, « Taïwan reste un objectif ultra-prioritaire dans son ambition de finir le travail d’unification de la Chine ». D’autre part, « l’armée chinoise s’entraîne depuis des années à manœuvrer dans le détroit et autour de Taïwan, avec des exercices militaires de grande ampleur, il ne faut pas prendre ça à la légère ».
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Une « asphyxie lente de Taïwan »
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Une unification pacifique pourrait passer par « le développement de relations commerciales, de mesures douanières, d’investissements… Un moyen progressif d’intriquer les deux territoires », projette Marc Julienne. Une méthode qui se heurte toutefois à la volonté des Taïwanais. Le spécialiste rappelle que de 2008 à 2016, le Kuomintang, parti taïwanais favorable à la Chine, a tissé des liens avec Pékin. « Il y a eu une amorce d’intégration économique mais la population a fini par descendre dans la rue car elle ne voulait pas être unifiée avec la Chine. »
En attendant, Pékin essaye d’affaiblir l’île. Lors de la visite de Donald Trump, Xi Jinping a tenté de distendre les liens entre Washington et Taipei, présentant le gouvernement taïwanais au pouvoir comme des indépendantistes créant l’instabilité. La Chine cherche à « détricoter le réseau diplomatique » déjà faible de Taïwan, explique Marc Julienne : actuellement, seuls douze pays la reconnaissent comme État. Et malgré leur soutien financier, les États-Unis n’en font pas partie.
Il semble toutefois peu probable que Donald Trump arrête les livraisons d’armes à Taïwan, « ce serait un signal extrêmement négatif envoyé aussi aux alliés américains dans la région, le Japon, la Corée, les Philippines », note Marc Julienne.
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>> Un article à retrouver en intégralité sur le site du Parisien.
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