« Aucun des deux n’en sortirait indemne » : une guerre de la tech est-elle possible entre l’Europe et les États-Unis ?
En pleine montée de tensions entre Washington et Bruxelles au sujet du Groenland, l’inquiétude monte chez les géants de la tech. Les Européens sont dépendants des services américains, quand le marché européen reste primordial pour les Américains.
La tension monte chaque jour un peu plus au Forum économique mondial de Davos (Suisse) . D'une part les Américains, de l'autre les Européens, avec un point majeur de tension : l'avenir du Groenland , dont le président américain Donald Trump veut s'emparer. Face aux menaces, l'Union européenne (UE) envisage des mesures , notamment contre les géants américains de la tech.
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D’un point de vue purement juridique, « les États-Unis n’ont pas la possibilité de couper les services américains dans l’UE », rappelle Julien Pillot, économiste du numérique. En théorie, ce serait plutôt les Européens qui pourraient interdire à des entreprises américaines d’accès à leur marché selon cet enseignant-chercheur à l’Inseec.
« Si tout était coupé, la France s’arrêterait de suite »
Mais en pratique, il n’est pas insensé d’imaginer un « chantage » de l’administration Trump sur la Big Tech américaine « pour qu’ils dégradent » ou cessent leurs services en Europe par eux-mêmes, estime Julien Pillot. Plusieurs grands dirigeants américains, à commencer par Elon Musk, ont déjà apporté leur soutien public à Donald Trump…
Toutefois, « il ne faut pas sous-estimer leur puissance pour défendre leur part de marché », nuance Julien Nocetti, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (Ifri) et au centre géopolitique des technologies.
Si toutefois un tel scénario arrivait, les Européens pourraient être privés d’accès à de nombreux services, de la messagerie professionnelle Microsoft Teams aux réseaux sociaux (X, WhatsApp…) en passant par Apple ou Visa et MasterCard… « Aucun Français ou Européen ne peut compenser », constate Fabrice Epelboin, spécialiste de la politique du numérique. « Si tout était coupé, la France s’arrêterait de suite, plus rien ne marcherait, les bourses s’effondreraient et on négocierait dans la journée… », regrette cet enseignant et entrepreneur. De leur côté, les Européens ne sont pas totalement démunis.
L’eurodéputé place publique Raphaël Glucksmann a réclamé sur le réseau social X (ex-Twitter) le 18 janvier que Bruxelles « assume le rapport deforces avec Trump », notamment en demandant l’activation de l’instrument anti-coercition.
Le volet numérique de ce « bazooka » commercial de l'UE « permettrait de mettre en place des restrictions sur la publicité en ligne ou de restreindre l'accès d'un service au marché européen, illustre Julien Nocetti. Mais cela nous mettrait dans une posture d'escalade... »
« En 24 heures, on perdrait la guerre technologique »
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Pour les spécialistes interrogés, Washington est tout de même en position de force.« En 24 heures, on perdrait la guerre
technologique », tacle Fabrice Epelboin.
Mais « il faut créer un rapport de force pour avoir des leviers face à des États-Unis qui n'acceptent pas la faiblesse », conclut le chercheur associé à l'Ifri Julien Nocetti. Une guerre de la tech entre les États-Unis et les Européens pourrait avoir des conséquences pour les deux parties.
> Lire l'article sur le site du Parisien.
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