"Celui qui allume l'incendie doit l'éteindre" : Pékin peut-il faire plier Téhéran sur le blocus du détroit d'Ormuz ?
La visite de Donald Trump en Chine n'a pas abouti à une sortie de crise concernant le blocus du détroit d'Ormuz. Pékin joue la carte du non-interventionnisme, appelant à un déblocage tout en ménageant son allié iranien. TF1info a contacté Marc Julienne, qui dirige le Centre Asie de l'Ifri, pour en savoir plus.
La Chine a réclamé un cessez-le-feu complet au Moyen-Orient et la réouverture du détroit d'Ormuz, en marge du sommet entre les présidents chinois Xi Jinping et américain Donald Trump. "Les voies maritimes doivent être rouvertes dès que possible comme le demande la communauté internationale (...) Un cessez-le-feu global et durable doit être instauré dès que possible", souligne un communiqué des Affaires étrangères chinoises.
Mais Pékin est-il en mesure de faire plier l'Iran, et en a-t-il la volonté ? Pour en savoir plus, TF1info a contacté le chercheur Marc Julienne de l'Ifri.
La situation au Moyen-Orient est l'un des sujets de crispation entre les États-Unis et la Chine. Quel bilan peut-on tirer de la rencontre entre Trump et Xi Jinping ?
Marc Julienne : C'est difficile à dire, puisqu'il n'y a pas eu de communication officielle de la part des deux dirigeants sur la question du Moyen-Orient. Le sujet a forcément été abordé au cours des discussions. En revanche, qu'est-ce qu'il en est ressorti ? On ne le sait pas, et probablement parce que la Chine a des leviers limités dans cette crise. Le pays est la deuxième puissance économique mondiale, la deuxième puissance militaire mondiale, une puissance diplomatique mondiale. Et pourtant, à chaque fois qu'il y a une crise internationale, elle est un nain géopolitique.
À l'issue de ce sommet pékinois, la Chine a réclamé un cessez-le-feu complet au Moyen-Orient et la réouverture du détroit d'Ormuz "dès que possible". Quel rôle Pékin joue-t-il sur le plan diplomatique depuis le début du conflit ?
Au début, on pensait que la Chine prendrait plus clairement position en faveur de l'Iran. Ce qui aurait été assez logique, puisque les deux pays partagent un partenariat stratégique extrêmement étroit, sur le plan énergétique, mais aussi militaire et idéologique dans leur opposition aux États-Unis. Mais Pékin ne veut pas mettre le doigt dans un engrenage qui pourrait se retourner contre elle in fine.
L'Empire du Milieu a d'excellentes relations avec l'Iran mais aussi avec l'Arabie saoudite et le Qatar, qui l'alimentent en hydrocarbures. Pékin ne veut pas s'aliéner ses autres partenaires commerciaux, d'où sa position attentiste. La semaine dernière, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, et son homologue iranien, Abbas Araghtchi, se sont rencontrés à Pékin. Dans le communiqué officiel publié à l'issue de cette rencontre, il était dit que la Chine était prête à jouer un plus grand rôle et à s'engager davantage dans la résolution de cette crise. Mais, depuis ce jour, il n'y a aucune avancée.
Washington voudrait voir Pékin user de son influence sur Téhéran pour contribuer à une sortie de crise dans le Golfe. La Chine en a-t-elle la volonté ?
Historiquement, Pékin ne s'implique pas dans les conflits. Et donc, je doute que la Chine souhaite endosser un rôle de médiateur dans ce conflit. Elle est une puissance assez égocentrique, très centrée sur elle-même. On entend souvent dans le discours officiel de la Chine que c'est celui qui allume l'incendie qui doit l'éteindre. Et cette remarque s'adresse aujourd'hui aux États-Unis de Donald Trump.
Le blocage d'Ormuz ne fait pourtant pas les affaires de Pékin...
La Chine ne bénéficie pas de cette crise au Moyen-Orient. Son économie est impactée directement. Mais il y a un aspect sur lequel Pékin est gagnant : c'est que cela accélère la perte de crédibilité américaine. Les États-Unis se sont totalement discrédités. Ils bouleversent totalement le commerce mondial, que ce soit avec la question des droits de douane ou l'augmentation du prix du pétrole consécutive au blocage du détroit d'Ormuz et aussi la sécurité internationale.
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