En Allemagne, le SPD engage un tournant social-libéral après sa défaite dans les urnes
Héritier politique de l’ancien chancelier Gerhard Schröder, le ministre des finances et coprésident du Parti social-démocrate, Lars Klingbeil, a appelé, mercredi, à des « décisions inconfortables » en matière de temps de travail et de prestations sociales.
Il y avait du Gerhard Schröder dans l’air, mercredi 25 mars, dans les locaux de la Fondation Bertelsmann, à Berlin. Vingt-trois ans après le célèbre discours de l’ancien chancelier social-démocrate (SPD, 1998-2005) au Bundestag, qui ouvrit la voie au plus large agenda de réformes sociales de l’après-guerre outre-Rhin, l’actuel ministre des finances et vice-chancelier, Lars Klingbeil, coprésident du SPD, s’est livré à un exercice similaire. « Nous allons collectivement devoir travailler davantage », a-t-il lancé, en annonçant « une large modernisation de l’Etat social » et « un nouveau modèle de croissance ». Des mots forts, dans un contexte tendu pour le SPD, qui vient d’essuyer deux sévères défaites lors d’élections régionales dans le Bade-Wurtemberg (5,5 %, − 5,5 points par rapport à 2021) et en Rhénanie-Palatinat (25,9 %, − 9,8).
Dans son discours, Lars Klingbeil n’a pas mentionné le nom de Gerhard Schröder, figure trop controversée dans son parti et en Allemagne. Mais la référence était claire. Le ministre de 48 ans, qui a fait ses classes auprès de l’ancien chancelier en Basse-Saxe, n’a jamais caché son admiration pour le réformateur social-démocrate, même s’il a fermement condamné son amitié avec Vladimir Poutine, maintenue après l’invasion de l’Ukraine, en 2022. A la place, M. Klingbeil a tenu à saluer un autre social-démocrate : Franz Müntefering, qui fut l’un des artisans des réformes Schröder avant de devenir ministre des affaires sociales dans la première grande coalition de la chrétienne-démocrate Angela Merkel (CDU). Ce dernier avait alors fait voter, en 2007, le report de l’âge de la retraite à 67 ans.
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Texte citation
« C’est un tournant social-libéral assumé par Lars Klingbeil pour faire rebondir son parti, à un moment où on aurait pu s’attendre à un virage à gauche après les défaites électorales de ces dernières semaines en Bade-Wurtemberg et en Rhénanie-Palatinat, décrypte Paul Maurice, secrétaire général du Comité d’études des relations franco-allemandes. Le parti pris idéologique est intéressant : il assume de soutenir le travail, notamment celui des femmes, considéré comme un moyen d’émancipation. C’est un retour à l’un des fondamentaux progressistes du SPD. »
Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Ifri
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