Face aux Etats-Unis de Donald Trump, la souveraineté de l’Europe se joue aussi dans l’espace
Espace. La guerre en Ukraine et l’arrivée de Donald Trump au pouvoir ont mis en lumière la dépendance de l’Europe aux Etats-Unis dans des applications stratégiques du domaine spatial, comme la défense et les télécommunications.

30 mars 2025. Une fusée s’élance dans le ciel norvégien, oscille puis pique du nez, avant de plonger dans la mer une trentaine de secondes plus tard. Les opérateurs de cette "Spectrum" n’avaient de toute façon que peu d’espoir de la voir atteindre du premier coup son objectif, l’orbite basse de la Terre, à 500 km d’altitude, où elle compte, à terme, placer des satellites.
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Un an sans lanceur européen
Un récent épisode, communément appelé la "crise des lanceurs", a mis en évidence cette dépendance et donné des sueurs froides au Vieux Continent. "L’Europe a anticipé dès 2014 l’arrivée de SpaceX dans le domaine spatial et s’est vite rendu compte qu’elle avait besoin d’un lanceur plus polyvalent que la fusée Ariane 5, qui était très spécialisée sur l’orbite géostationnaire, à 36 000 km de haut", raconte Paul Wohrer, directeur du programme espace à l’Institut français des relations internationales (Ifri). "C’est cette année-là qu’a été décidé le lancement du programme Ariane 6, modulable en fonction des missions qu’il remplit et des orbites qu’il veut atteindre."
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La course à l’orbite basse
L’Europe se met en état de marche pour qu’un tel scénario ne se produise pas. Lors de la présentation de son budget pour le prochain cycle qui débute en 2028, la Commission européenne a promis de consacrer 131 milliards d’euros à la défense et à l’espace, soit cinq fois plus qu’aujourd’hui. Il s’agit notamment de financer le troisième grand projet européen dans l’espace après Galileo et Copernicus : la constellation de satellites IRIS2. Celle-ci devra, à partir de 300 satellites placés en orbite basse et moyenne, fournir une connexion sécurisée aux Européens à des fins militaires et de sécurité. Elle devrait ainsi garantir "l’autonomie stratégique" du continent dans le domaine des communications gouvernementales sécurisées, assure le Cnes, l’agence spatiale française.
Ce projet à 10 milliards d’euros s’inscrit dans une "course mondiale à l’orbite basse, dans le sillage de Starlink", selon Paul Wohrer. En effet, dans le domaine des télécommunications, l’orbite géostationnaire, c’est-à-dire les satellites postés à environ 36 000 kilomètres de la Terre, était autrefois beaucoup utilisée pour la télévision par satellite. Au cours des dernières années, elle a été peu à peu délaissée au profit de l’orbite basse, à moins de 2 000 kilomètres d’altitude, pour l’internet haut débit. Aussi appelée LEO (Low Earth Orbit), elle est plus accessible et promet un délai de transmission plus court mais doit fonctionner en constellations afin de couvrir correctement la zone de la Terre visée.
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Eutelsat devra notamment participer au déploiement d’IRIS2, prévu pour 2030. Une échéance lointaine à l’échelle d’un marché très concurrentiel, où une myriade de start-up privées du New Space se font la guerre des étoiles, SpaceX en tête. Dans une logique d’industrialisation de l’espace, celles-ci misent sur des fusées moins chères à lancer et à construire. Elles développent donc des petits lanceurs capables d’envoyer des charges légères en orbite basse. La clé de la baisse des prix réside également dans l’utilisation d’engins réutilisables, un exploit que réalise déjà Elon Musk, mais pas l’Europe. "Le lanceur réutilisable n’a d’intérêt que pour réaliser de gros volumes de lancement, ce qui ne correspond pas aux besoins de l’Europe aujourd’hui", explique Paul Wohrer. Mais si elle veut se tailler la part du lion dans ce nouvel écosystème des constellations, elle devra justement lancer de nombreux satellites vers l’espace, donc s’appuyer sur un lanceur réutilisable, poursuit le chercheur.
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