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Guerre au Moyen-Orient : « En frappant l’Iran malgré les négociations, Trump a clarifié la nature de la puissance américaine »

Interventions médiatiques |

interviewé par Jeanne Durieux dans

  Le Figaro 

 
Accroche

Washington a annoncé avoir frappé des sites de missiles iraniens, malgré d’apparents progrès dans les négociations. L’administration Trump juge que la diplomatie ne peut fonctionner que si elle s’accompagne d’une menace d’un recours à la force, éclaire le chercheur Clément Therme.

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Donald Trump s’adresse à des membres de la presse à la Maison-Blanche
Donald Trump s’adresse à des membres de la presse à la Maison-Blanche
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Les États-Unis ont annoncé lundi avoir frappé des sites de missiles dans le sud de l’Iran, malgré les apparents progrès des négociations pour arriver à un règlement de la guerre au Moyen-Orient. Après des semaines de blocages et de menaces, aussi bien Washington que Téhéran ont fait état d’avancées ces derniers jours dans les discussions. Donald Trump avait même présenté comme imminente l’annonce d’un compromis au cours du week-end, tandis que la presse américaine et les médias iraniens distillaient les détails d’un futur plan de sortie du conflit.

Clément Therme est chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (Ifri) au sein du programme Turquie/Moyen-Orient et enseigne à l’Université de Montpellier Paul-Valéry et à Sciences Po Paris. Il est l’auteur des ouvrages Iran-Israël, la guerre idéologique, de 1979 à nos jours (Tallandier, 2026), Idées reçues sur l’Iran. Un pouvoir à bout de souffle ? (Le Cavalier Bleu, 2025) et de Téhéran-Washington 1979-2025 : Le Grand Satan à l’épreuve de la Révolution islamique (Hémisphères, 2025).
 

LE FIGARO - Pourquoi Trump a-t-il frappé l’Iran, alors que les déclarations de ce week-end faisaient état d’un accord imminent avec le régime des mollahs ?
 

Clément THERME - Aux États-Unis, l’utilisation de la force militaire n’est pas séparée de la diplomatie. Ce n’est pas un cas nouveau : dans l’affrontement opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, deux guerres ont déjà démarré au cœur d’un processus de négociation : la  guerre des douze jours  à l’été 2024, et celle des 40 jours, qui a débuté par l’intervention israélo-américaine le 28 février, jusqu’au cessez-le-feu fragile signé le 8 avril. L’administration Trump juge que la diplomatie ne peut fonctionner que si elle s’accompagne d’une menace d’un recours à la force, ici en ciblant des sites de missiles dans le sud de l’Iran.

Cette conception de la diplomatie est spécifique aux États-Unis : ainsi au cours des années 2000, l’administration  Bush  avait commencé à envisager sérieusement l’option militaire contre l’Iran sous l’hypothèse de frappes américaines sur ses installations nucléaires. Donald Trump n’est pas le premier à appréhender l’usage de la force comme un moyen d’obtenir des objectifs politiques.

La différence majeure avec Donald Trump tient en la concrétisation de ces plans en question : le milliardaire américain a agi. Et ce faisant, il a clarifié la nature de la puissance américaine, qui n’est pas un hégémon fondamentalement bienveillant, mais une puissance avec des intérêts. Le caractère inédit de cette présidence tient également au fait que les Européens n’ont pas été informés des plans américains : notre perception des États-Unis s’en trouve modifiée.
 

Retour au statu quo ante bellum , circulation à Ormuz, question du devenir de la «poussière nucléaire» iranienne... Quel est vraiment l’objectif des négociations entre les parties ?
 

Pour l’heure, les États-Unis et l’Iran sont engagés dans une trêve armée, marquée par des violations récurrentes du cessez-le-feu. Dans ce cadre, Washington cherche à gagner du temps jusqu’aux élections de midterm, en novembre prochain. Il s’agit pour elle de maintenir l’acceptabilité des pertes (13 morts américains pour l’instant, a annoncé Trump) et d’être en capacité d’absorber le choc économique lié à la guerre.

Côté Iran, les mollahs veulent sortir de l’asphyxie économique : ces derniers pâtissent d’une capacité limitée de stockage du pétrole, d’une inflation galopante, d’une coupure générale d’Internet. Dans ce cadre, les discussions entre l’Iran et les États-Unis visent moins à lancer de grandes négociations, mais plutôt à établir une feuille de route pour la suite, à gagner du temps.

Le scénario d’un accord imminent s’est vu pourtant être contesté par plusieurs élus républicains : «Si tout cela devait aboutir à un régime iranien [...] recevant désormais des milliards de dollars, capable d’enrichir de l’uranium et de développer des armes nucléaires, et exerçant un contrôle effectif sur le détroit d’Ormuz, alors ce résultat serait une erreur désastreuse» , fustigeait le sénateur texan Ted Cruz sur X... Trump n’a-t-il vraiment cure de ces critiques ? 

Les Républicains interventionnistes, fervents partisans d’une politique régionale fondée sur «Israël first», s’opposent à ceux qui se sont opposés à l’idée même de l’entrée en guerre américaine. Le débat se fonde sur les méthodes à employer pour gérer l’hostilité avec la République islamique d’Iran : il ne s’agit pas de réconcilier tous les pays arabes ni de bâtir un accord global entre les États-Unis et l’Iran, puisqu’il n’y a de toute façon aucune relation diplomatique entre les deux pays depuis soixante ans.

Dans ce cadre, rappelons que Trump cherche avant tout à laisser son empreinte dans l’histoire. Face à ses détracteurs, qui affirment que les pistes de l’accord élaboré par la Maison Blanche seraient très favorables à l’Iran sur le long terme, rappelons que le calcul du président ne fonctionne pas en termes de coûts/bénéfices sur les 20 ans à venir. Il s’agit avant tout pour lui d’affirmer qu’il a porté un coup de grâce au régime.

Pourquoi fait-il pression pour que les pays arabes rejoignent les  accords d’Abraham ? N’est-ce pas irréaliste de lier l’élargissement de l’accord à la fin de la guerre ?

Donald Trump établit un lien entre l’instauration de la stabilité politique dans la région, et la double intégration de l’Iran et d’Israël dans cette mise en œuvre. C’est le pari du «big bargain», ce grand marchandage entre les États-Unis et les pays arabes, obtenu par la diplomatie ou par la force militaire. Les États-Unis ont intérêt à ce que tous les acteurs de la région s’entendent.

Proposer aux pays arabes de rejoindre les accords d’Abraham fait partie de cette stratégie de communication américaine sur l’attitude de Washington dans la région. Mais en réalité, le dirigeant américain projette une vision idéologique sur la région qui ne correspond pas vraiment à la réalité des choses. 

[...]

> Retrouvez l'interview en intégralité sur le site du Figaro.

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Jeanne Durieux

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Clément Therme

Clément THERME

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Chercheur associé, Programme Turquie/Moyen-Orient de l'Ifri

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