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Guerre en Iran : « Des accords stratégiques impliquent de fait la France dans ce conflit »

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interrogé par Charles de Saint Sauveur dans

  Le Parisien 

 
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Le directeur du Centre des études de sécurité de l’Ifri Élie Tenenbaum détaille la vaste « panoplie » d’accords de défense plus ou moins poussés que la France a passés avec des pays arabes du Moyen-Orient.

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Guerre en Iran : « Des accords stratégiques impliquent de fait la France dans ce conflit » Ifri
Le porte-avions Charles de Gaulle, dans le port de Toulon (2022)
EBASCOL /Shutterstock
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Deux bases françaises de la région — dont la base navale d’Abou Dhabi — ont subi des « frappes limitées » depuis le début du conflit entre l’Iran et les forces américaines et israéliennes, a rapporté mardi soir Emmanuel Macron, en annonçant le renforcement de notre présence militaire dans la région en raison notamment des accords stratégiques qui nous lient à plusieurs pays arabes du Moyen-Orient. L’éclairage d’Élie Tenenbaum, directeur du Centre des études de sécurité de l’Institut français des relations internationales (Ifri).

« Ma responsabilité est d’agir », a déclaré le président français. Pourquoi la France s’implique-t-elle au Moyen-Orient où la guerre fait rage depuis samedi ?

Élie Tenenbaum : Déjà, parce que 400 000 Français sont présents dans la région, ce qui n’est pas rien. La France a toujours pris très à cœur sa mission de protéger ses ressortissants à l’étranger. Beaucoup de pays européens comptent d’ailleurs sur nos moyens et notre savoir-faire et notre réactivité en cas de crise et d’évacuations. Il y a aussi nos intérêts économiques, avec de nombreuses entreprises comme Total ou CMA-CGM, l’une des plus grandes entreprises mondiales de transport maritime avec des navires battant pavillon français.

Notre implication est également liée à notre présence militaire. Elle est significative ?

Absolument. C’est clairement la deuxième force extérieure la plus importante de la région, après les États-Unis. Plusieurs milliers de soldats sont présents dans la région, des Émirats arabes unis au Liban en passant par la Jordanie, l’Irak, le Qatar et la Syrie. Auxquels on peut ajouter les forces présentes à Djibouti, en périphérie du Moyen-Orient, ou les quelque 3 000 marins du groupe aéronaval « Charles de Gaulle » envoyé par le président en Méditerranée. Certaines de ces forces ayant été ciblées par l’Iran, il faut les protéger, en appliquant le droit à la légitime défense pour elles-mêmes… ou ses partenaires agressés, en vertu des accords stratégiques qui impliquent de fait la France dans ce conflit. Si les Émirats sont attaqués, la France se doit d’intervenir pour défendre son allié.

Quels accords ?

Il en existe toute une panoplie, plus ou moins poussés, qui vont des simples accords de coopération militaire aux traités ratifiés par le Parlement français. C’est le cas du plus vieux partenariat stratégique — il remonte aux années 1970 —, avec les Émirats arabes unis. C’est, dans la région, le seul à ce jour qui inclut — depuis 2009 — une clause d’assistance ainsi que le déploiement de trois emprises militaires à Abou Dhabi (la base aérienne 104, une base navale d’Al-Salam, un régiment de cuirassiers).

Il s’agit de l’accord le plus contraignant ?

Oui. Si les Émirats sont attaqués, la France se doit d’intervenir pour défendre son allié. L’article 4 alinéa 6 du traité prévoit que les soldats français dissuadent ou repoussent toute agression qui serait menée par un ou plusieurs États contre les Émirats. Cette clause a d’ailleurs déjà servi quand ils avaient été frappés par les Houthis du Yémen (en janvier 2022).

De quelles autres bases dispose la France dans la région ?

La base aérienne H5 en Jordanie, qui remonte à la coalition contre Daech à laquelle participait la France. Contrairement à Abou Dhabi, elle est temporaire, même s’il est régulièrement question de la pérenniser. En avril 2024, des avions français avaient décollé pour intercepter des drones lancés par l’Iran sur Israël, mais qui violaient l’espace aérien jordanien. C’est dans le cadre de notre coopération avec Amman que nous avons agi, et pas pour défendre Israël comme on l’a beaucoup entendu. Ça, c’était la conséquence, pas la raison.

D’autres accords de défense ont été signés à partir des années 1990…

Celui avec le Qatar date de 1994, avec plusieurs mises à jour, jusqu’à la dernière en 2019. La France n’y a pas de base souveraine, mais des soldats y sont déployés dans les écoles militaires, notamment pour former leurs pilotes aux avions Rafale, ou déployés dans le cadre de l’opération Chammal contre l’État islamique. D’une manière générale, qui dit ventes d’armes — que ce soit des Rafale, des chars Leclerc ou des canons Caesar — dit formation, maintenance, donc présence française. Parfois, ce ne sont pas des accords mais de simples lettres d’échanges techniques, comme avec Bahreïn pour l’achat de systèmes navals.

La présence militaire française au Moyen-Orient, c’est donc une longue histoire ?

Oui, et elle s’explique notamment par la politique arabe de la France, évoluant en fonction des liens que nos présidents entretenaient avec tel ou tel pays, comme Nicolas Sarkozy avec le Qatar, par exemple. Récemment, c’est notre coopération avec l’Irak qui s’est renforcée, notamment du fait de l’effacement américain. La France a montré son intérêt pour renforcer sa coopération avec Bagdad, jusqu’à signer un accord en janvier 2023. Dubaï, le 3 mars. Le partenariat stratégique entre France et les Emirats arabes unis, le seul incluant une clause d'assistance, est le plus contraignant s'ils sont attaqués.

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Élie TENENBAUM

Élie TENENBAUM

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Directeur du Centre des études de sécurité de l'Ifri

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Le porte-avions Charles de Gaulle, dans le port de Toulon (2022)
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