Guerre en Iran : « Des accords stratégiques impliquent de fait la France dans ce conflit »
Le directeur du Centre des études de sécurité de l’Ifri Élie Tenenbaum détaille la vaste « panoplie » d’accords de défense plus ou moins poussés que la France a passés avec des pays arabes du Moyen-Orient.
Deux bases françaises de la région — dont la base navale d’Abou Dhabi — ont subi des « frappes limitées » depuis le début du conflit entre l’Iran et les forces américaines et israéliennes, a rapporté mardi soir Emmanuel Macron, en annonçant le renforcement de notre présence militaire dans la région en raison notamment des accords stratégiques qui nous lient à plusieurs pays arabes du Moyen-Orient. L’éclairage d’Élie Tenenbaum, directeur du Centre des études de sécurité de l’Institut français des relations internationales (Ifri).
Journaliste : « Ma responsabilité est d’agir », a déclaré le président français. Pourquoi la France s’implique-t-elle au Moyen-Orient où la guerre fait rage depuis samedi ?
Elie Tenenbaum : Déjà, parce que 400 000 Français sont présents dans la région, ce qui n’est pas rien. La France a toujours pris très à cœur sa mission de protéger ses ressortissants à l’étranger. Beaucoup de pays européens comptent d’ailleurs sur nos moyens et notre savoir-faire et notre réactivité en cas de crise et d’évacuations. Il y a aussi nos intérêts économiques, avec de nombreuses entreprises comme Total ou CMA-CGM, l’une des plus grandes entreprises mondiales de transport maritime avec des navires battant pavillon français.
Journaliste : Notre implication est également liée à notre présence militaire. Elle est significative ?
Elie Tenenbaum : Absolument. C’est clairement la deuxième force extérieure la plus importante de la région, après les États-Unis. Plusieurs milliers de soldats sont présents dans la région, des Émirats arabes unis au Liban en passant par la Jordanie, l’Irak, le Qatar et la Syrie. Auxquels on peut ajouter les forces présentes à Djibouti, en périphérie du Moyen-Orient, ou les quelque 3 000 marins du groupe aéronaval « Charles de Gaulle » envoyé par le président en Méditerranée. Certaines de ces forces ayant été ciblées par l’Iran, il faut les protéger, en appliquant le droit à la légitime défense pour elles-mêmes… ou ses partenaires agressés, en vertu des accords stratégiques qui impliquent de fait la France dans ce conflit. Si les Émirats sont attaqués, la France se doit d’intervenir pour défendre son allié.
Journaliste : Quels accords ?
Elie Tenenbaum : Il en existe toute une panoplie, plus ou moins poussés, qui vont des simples accords de coopération militaire aux traités ratifiés par le Parlement français. C’est le cas du plus vieux partenariat stratégique — il remonte aux années 1970 —, avec les Émirats arabes unis. C’est, dans la région, le seul à ce jour qui inclut — depuis 2009 — une clause d’assistance ainsi que le déploiement de trois emprises militaires à Abou Dhabi (la base aérienne 104, une base navale d’Al-Salam, un régiment de cuirassiers).
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