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Iran : « Nous sommes dans une phase de désescalade mais des frappes américaines ciblées restent un scénario plausible »

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Après avoir annoncé de « l’aide » aux manifestants en Iran, le président américain temporise. Le chercheur Clément Therme analyse les variations de la diplomatie américaine à l’égard de Téhéran.

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Donald Trump, Président des États-Unis, Washington D.C. - 7 avril 2025
Donald Trump, Président des États-Unis, Washington D.C. - 7 avril 2025
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Peut-on vraiment prêter crédit aux déclarations de Donald Trump hier, qui assure que les tueries en Iran ont pris fin ?

Clément THERME. – Les  déclarations de Trump doivent être prises dans un contexte spécifique. En fait, elles font partie de la politique intérieure américaine. Trump a clairement défini des lignes rouges concernant la répression des manifestations, qui ont commencé le 28 décembre. Ces manifestations se sont intensifiées après l’appel de Reza Pahlavi. En réponse, l’État iranien a mené une répression violente, avec des milliers de morts en quelques semaines, un chiffre bien plus élevé que celui du mouvement Femmes, Vie, Liberté en 2022 , qui avait fait environ 550 victimes en plusieurs mois.

Ce niveau de répression est sans précédent sous la République islamique, et c’est un signe de l’ampleur de la menace que représente ce mouvement pour le régime. Trump a pris soin de moduler ses propos pour éviter de devoir intervenir militairement immédiatement. Il a cherché à éviter un reniement total tout en jouant sur la pression diplomatique et militaire, et en sachant que la répression interne a fait plusieurs milliers de morts en très peu de temps. D’ailleurs, ses déclarations ont eu un effet immédiat, provoquant une  baisse de 3 % du prix du pétrole, ce qui a des implications économiques importantes. Cela permet aussi à l’administration américaine de mieux peser les différentes positions des pays de la région, de la Russie et de la Chine, qui se sont opposés à une intervention militaire en Iran.

Qui représente la plus grande menace pour le régime iranien ?

La plus grande menace pour le régime iranien vient sans aucun doute du mouvement social interne. Ce mouvement existe depuis les années 1990, avec des débuts en 1999 lors des protestations économiques. Il s’est intensifié avec les manifestations étudiantes de 2009, les révoltes économiques de 2017-2018, et a pris une nouvelle dimension avec le mouvement Femmes, Vie, Liberté en 2022-2023. Les slogans de ce mouvement ont souvent exprimé des demandes de changement systémique, parfois en réhabilitant l’ancien régime et son fondateur, Reza Chah.

En parallèle, il y a des facteurs externes. Le rôle de Reza Pahlavi, même s’il amplifie le mouvement interne, ne constitue qu’un facteur secondaire. Les menaces militaires de Trump, bien que significatives, ne peuvent pas supplanter la force du mouvement populaire qui réclame un changement de régime. La contestation interne, alimentée par des décennies de frustration face à un régime autoritaire, demeure la principale source de pression pour le pouvoir iranien.

Devant des sénateurs, hier, vous avez évoqué le « logiciel cubain » appliqué à l’Iran par Marco Rubio. Quels sont les différents courants au sein de l’administration américaine concernant la politique envers l’Iran ?

L’administration américaine est traversée par plusieurs visions contradictoires. D’un côté, des figures comme Marco Rubio, qui estiment qu’aucune négociation diplomatique ne pourra aboutir avec l’Iran. Pour eux, le régime iranien est figé dans une logique idéologique et militariste, et toute négociation est donc inutile. Ce point de vue est celui qui a poussé Donald Trump à soutenir un projet militaire israélien en 2025, une escalade inédite depuis 1979, avec des frappes militaires sur des installations iraniennes.

D’un autre côté, on trouve des voix plus isolées, notamment celles du mouvement MAGA, représenté par des personnalités comme JD Vance ou Tucker Carlson. Ceux-ci se montrent plus sceptiques quant à l’engagement militaire, préférant une politique de retrait et de non-intervention. L’Iran utilise cette division interne à son avantage, en jouant sur cette rivalité entre les partisans d’une ligne dure et ceux plus réticents à l’escalade militaire. C’est une stratégie qui a déjà réussi par le passé, notamment en 2015 avec l’accord sur le nucléaire. Néanmoins, cette même stratégie a échoué lors de la réactivation des frappes militaires par Trump en 2025, ce qui prouve que la République islamique a des leviers externes pour faire pression sur les États-Unis.

Quelles pourraient être les conditions d’une négociation entre les États-Unis et l’Iran, au-delà de la question du nucléaire, bien que ce point reste central ?

Sous la première administration Trump, l’ancien Secrétaire d’État des États-Unis, Mike Pompeo, avait établi une liste de 12 conditions assez claires, exigeant zéro enrichissement d’uranium, la limitation des capacités balistiques de l’Iran, l’arrêt de son soutien aux groupes par procuration et un changement systémique dans la structure politique du pays. Ces conditions restent toujours valables, mais elles sont particulièrement difficiles à accepter pour le régime iranien, qui privilégie une approche sécuritaire et idéologique.

Cependant, face à un effondrement économique imminent, le régime iranien pourrait être contraint à faire des concessions. Il est important de souligner que l’Iran a déjà fait preuve de flexibilité par le passé, comme en 2015, lors des négociations du Plan d’Action Global Commun (PAGC ou JCPOA en anglais), qui ont conduit à l’accord nucléaire avec l’administration Obama. Mais aujourd’hui, la situation est plus complexe. L’Iran, tout en étant sous pression économique et intérieure, se trouve dans une position difficile où il doit composer avec la répression interne et l’isolement international. L’aspect idéologique du régime, notamment son refus de céder face aux pressions extérieures, renforce l’idée que toute négociation sera très difficile.

Selon vous, des frappes américaines ou des mouvements militaires sont-ils encore envisageables, malgré les déclarations de Donald Trump ?

Nous sommes actuellement dans une phase de désescalade, même si la situation reste tendue. Toute action militaire contre l’Iran se ferait en dehors du cadre des Nations Unies, car la Russie et la Chine mettraient leur veto à toute intervention militaire. Cependant, une guerre de frappes ciblées reste un scénario plausible, notamment si l’Iran initie des frappes préventives contre des bases américaines ou même contre Israël.

Les frappes américaines et une riposte iranienne risqueraient-elles de renforcer la répression interne en Iran, en provoquant un effet « drapeau » au sein de la population ?

En 2009, Barack Obama avait choisi de ne pas soutenir activement le Mouvement vert (né de manifestations après l’élection présidentielle iranienne contestée, NDLR) pour éviter de renforcer le régime iranien. Une escalade militaire, qu’elle vienne de l’Iran ou des États-Unis, pourrait effectivement servir de justification pour le régime afin d’intensifier la répression interne. Cependant, l’impact réel d’une telle escalade dépendra du type d’intervention. Si l’Iran se sent acculé et en guerre contre l’extérieur, il pourrait durcir sa politique intérieure et mobiliser la population autour de la défense du pays.

À l’inverse, une intervention militaire ponctuelle pourrait aussi exposer la brutalité du régime, fragilisant davantage sa position. Par exemple, en 2025, après les frappes menées par Israël et les États-Unis, il n’y a pas eu de grande mobilisation populaire en faveur du régime. Cela montre que l’effet d’une escalade militaire sur la mobilisation interne est difficile à anticiper et que la réponse populaire dépendra largement de la nature de l’escalade.

[...]

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Le Figaro

Journaliste(s):

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Amaury Coutansais Pervinquière

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Clément Therme

Clément THERME

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Chercheur associé, Programme Turquie/Moyen-Orient de l'Ifri

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Donald Trump, Président des États-Unis, Washington D.C. - 7 avril 2025
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