Rechercher sur Ifri.org

À propos de l'Ifri

Recherches fréquentes

Suggestions

La guerre en Iran et l’envolée du pétrole peuvent-elles engendrer une hausse généralisée des prix ?

Interventions médiatiques |

interviewé par Emma Confrère dans

  Le Figaro 

 
Accroche

ENTRETIEN - Les tensions autour de l’Iran font planer un risque de choc énergétique aux répercussions mondiales, prévient Sébastien Jean, professeur au CNAM et directeur associé de l’Initiative géoéconomie et géofinance de l’Ifri.

Image principale médiatique
Raffinerie dans la province méridionale de Bushehr, en Iran
Raffinerie dans la province méridionale de Bushehr, en Iran
The Lumenist/Shutterstock.com
Table des matières
Table des matières
body

Les tensions autour de l’Iran ravivent le spectre d’un nouveau choc énergétique. Au cœur des inquiétudes, le détroit d’Ormuz, passage stratégique par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial et une part significative du gaz naturel liquéfié. Si aucun blocage durable n’est acté à ce stade, la seule perspective de perturbations suffit à faire frémir les marchés et à nourrir les craintes d’une nouvelle onde de choc sur le commerce mondial.

Au-delà de la seule question pétrolière, c’est toute la chaîne de transmission économique qui risque d’être affectée, notamment via les coûts de production et de transport. Sébastien Jean, professeur d’économie au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) et directeur associée de l’Initiative géoéconomique et géofinance de l’Ifri, analyse pour Le Figaro les scénarios possibles et les répercussions à anticiper en Europe et en France dans les prochaines semaines.

LE FIGARO. – Le détroit d’Ormuz concentre une part essentielle des flux énergétiques mondiaux. Peut-on réellement contourner cette zone ?

SÉBASTIEN JEAN. – Le détroit d’Ormuz est vraiment le nœud gordien du trafic pétrolier mondial. On estime qu’environ 20% de la consommation mondiale de pétrole y transite chaque jour. Il faut ajouter le gaz naturel liquéfié (GNL), devenu un marché très mondialisé, y compris pour l’Europe depuis la guerre en Ukraine. Il existe des contournements, via des oléoducs construits par les Émirats arabes unis ou l’Arabie saoudite, mais ils ne couvrent qu’un tiers environ des volumes. En pratique, le détroit reste donc largement incontournable. La véritable inconnue porte moins sur l’existence d’alternatives que sur la durée et l’ampleur d’une éventuelle interruption du trafic.

Au-delà de l’énergie, quels secteurs sont les plus touchés ? 

Le premier secteur concerné est le transport. C’est la courroie de transmission la plus directe. Mais ce n’est pas le seul car les intrants agricoles, notamment les engrais, sont directement liés aux hydrocarbures. L’agriculture est aussi très consommatrice de carburant. On peut citer également la chimie ou la pétrochimie. Un choc pétrolier signifie d’abord une hausse des coûts pour les entreprises, donc une pression sur leur profitabilité. Elles finiront par la répercuter dans les prix, même si ce n’est pas immédiat. Dans un premier temps, cette hausse entame les marges. Dans un second, elle se diffuse aux prix finaux, avec le risque d’éroder la compétitivité et de peser sur les parts du marché. Cela peut aussi entraîner des arbitrages d’investissement ou des reports de production si l’incertitude perdure.

Faut-il s’attendre à une flambée des prix comparable à celle de 2022 et de la guerre en Ukraine ? 

La crainte est qu’on bascule vers une crise pétrolière, voire un choc pétrolier. Pendant la guerre de douze jours en juin dernier entre Israël et l’Iran, les cours avaient déjà augmenté de près de 20%. Une rupture durable pourrait aller bien au-delà. Mais le contexte est différent de celui de 2022. Nous partons aujourd’hui d’un niveau d’inflation faible en France, ce qui laisse davantage de capacité d’ajustement. Surtout, la crise ukrainienne était régionale : les prix européens avaient davantage augmenté qu’ailleurs. Ici, la transmission serait mondiale, via les marchés pétroliers et le GNL. Autrement dit, il n’y aurait pas de décrochage spécifique de l’Europe par rapport au reste du monde, ce qui constitue un facteur d’atténuation important.

Doit-on craindre un nouvel épisode inflationniste en France ? 

Structurellement, oui, un choc énergétique est potentiellement inflationniste. La transmission se ferait via l’augmentation du coût des intrants, puis des prix à la consommation. Cela dit, plusieurs facteurs atténuent le risque : une inflation de départ faible, une production électrique stabilisée, et une crise qui ne serait pas régionale. Mais l’absence de marge budgétaire limite notre capacité d’amortissement. Contrairement à 2022, l’État ne dispose plus des mêmes moyens pour mettre en place un bouclier massif. La capacité à absorber le choc dépendra donc largement de sa durée. Par ailleurs, les marchés énergétiques disposent de stocks, y compris stratégiques, qui peuvent amortir une perturbation si elle reste temporaire. Si la tension restait brève, ces mécanismes joueraient pleinement leur rôle. En revanche, un blocage prolongé modifierait durablement les anticipations et nourrirait une hausse plus persistante des prix.

La France et l’Europe sont-elles mieux armées qu’en 2022 pour faire face à un possible choc énergétique ? 

[...]

> Lire le reste de l'article sur le site du Figaro.

Decoration

Média

Nom du journal, revue ou émission
Le Figaro

Journaliste(s):

Journaliste
Emma Confrère

Format

Catégorie journalistique
Article

Partager

Decoration
Auteurs
Photo
Sébastien JEAN

Sébastien JEAN

Intitulé du poste

Directeur associé de l'Initiative géoéconomie et géofinance de l'Ifri

Crédits image de la page
Raffinerie dans la province méridionale de Bushehr, en Iran
The Lumenist/Shutterstock.com