Le « Paradoxe du transfert » : quand recevoir des ressources devient un handicap (Ifri)
Le constat. L’analyse économique standard voudrait que les consommateurs européens se réjouissent d’acheter des véhicules électriques ou des panneaux solaires subventionnés par les travailleurs et contribuables chinois. Or les pays d’Europe s’en plaignent, tandis que, symétriquement, on se demande quel intérêt a Pékin à priver sa population des fruits de son travail. Tel est le "paradoxe du transfert", inversion contemporaine du "problème du transfert" théorisé par Keynes à propos des réparations allemandes. Un concept forgé par les économistes Sébastien Jean et Jean-Pierre Landau pour repenser les déséquilibres de la balance courante, définie par identité comptable comme épargne nationale moins investissement intérieur. Ce que montre l’étude.
Ce paradoxe est résolu par une lecture dynamique de ces déséquilibres : en démultipliant les effets d’échelle et d’apprentissage sur les marchés mondiaux, les excédents créent un avantage comparatif et une domination technologique de plus en plus irréversibles, au détriment des pays déficitaires. Le transfert serait comme un investissement : un faible prix à payer pour un objectif de suprématie industrielle, aux retombées militaires et géopolitiques.
Épargne élevée, contrôle des entrées de capitaux, gestion du change et politique industrielle, souvent analysés séparément, forment en fait une stratégie cohérente et soutenable, dont la Chine offre l’illustration la plus spectaculaire. Pourquoi c’est important. Contre la prescription classique (consommer davantage en Chine, investir davantage en Europe, assainir le budget américain), la note soutient que les déséquilibres mondiaux ne reflètent pas seulement une coordination insuffisante, mais des stratégies conflictuelles qu’il s’agit désormais de discipliner.
Sans prôner droits de douane agressifs ni mesures de rétorsion, coûteux pour les consommateurs, les auteurs jugent révolu le temps où le GATT, puis l’OMC, pouvaient fonctionner seuls : les disciplines commerciales ne peuvent plus s’appliquer indépendamment des politiques de change et des contrôles de capitaux, dont la surveillance active devrait constituer une priorité immédiate de la coopération internationale.
Lire l'article sur le site de La lettre de l'Expansion.
ALLER PLUS LOIN : Lire le Briefing de Sébastien Jean et Jean-Pierre Landau "Le paradoxe du transfert. Repenser les déséquilibres mondiaux" (disponible en FR et EN).
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