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Leadership sur la défense européenne : quand Friedrich Merz voit l’Allemagne nettement plus grosse qu’elle n’est

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Alors que l'Allemagne affiche une volonté renouvelée de moderniser ses capacités militaires et de redéfinir son rôle sur le continent, les spéculations sur l'émergence d'un leadership berlinois sans partage se multiplient. Entre vulnérabilité face à la menace russe, difficultés économiques et déclin démographique, analyse des ressorts réels du réarmement allemand et des limites de son hégémonie en Europe.

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Défense européenne
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Atlantico : Que révèle cette initiative de la nouvelle conception allemande de son rôle en Europe ?

Hans Stark : Il ne s’agit absolument pas d’une domination militaire du continent qui se dessine. Ce que fait l'Allemagne s’explique par un constat simple : pendant trois décennies, elle a sous-investi dans son armée. Les discours actuels sur la création de « la meilleure armée d'Europe » relèvent d'une forme de fanfaronnade ; cela prendra des années. On ne passe pas d'une armée « nue » — pour reprendre le terme employé en 2022 par le général de la Bundeswehr Alfons Mais — à la puissance la plus forte d'Europe en jetant simplement quelques dizaines de milliards d'euros sur la table.

Ce qui sous-tend la posture allemande, et qu’on n’évoque jamais en France, c’est le sentiment de vulnérabilité face à la menace nucléaire russe, alors que l'Allemagne ne possède pas de dissuasion propre. Berlin ne croit plus au caractère inconditionnel du parapluie nucléaire américain et n'accorde pas une foi suffisante à la couverture nucléaire française pour l'ensemble du continent, d'autant plus dans la perspective des échéances électorales de 2027 en France.

Par conséquent, l'Allemagne — à l'instar de la Pologne — cherche à bâtir une dissuasion conventionnelle. Il s'agit de se doter de moyens capacitaires pour convaincre Moscou de ne pas attaquer. Cela passe notamment par l'allongement de la portée de ses missiles conventionnels Taurus, de 500 km actuellement à 750 km, afin d'être en mesure de frapper la Russie occidentale en cas de besoin. C'est une stratégie dictée par le désespoir : tenter d'opposer une dissuasion conventionnelle à une menace nucléaire.

L’Allemagne renonce-t-elle définitivement à la retenue stratégique héritée de l’après-guerre ?

La réalité est que les Allemands ont peur. Ils se savent en première ligne face à la Russie. L'Allemagne déploie par exemple 5 000 soldats en Lituanie, près du couloir stratégique de Suwalki. En cas d'agression russe, ces troupes se retrouveraient immédiatement prises entre le marteau et l'enclume.

Ce changement de posture est donc imposé par les circonstances plutôt que par un virage idéologique conquérant. Rappelons les ordres de grandeur : la Bundeswehr comptait 500 000 hommes en Allemagne de l'Ouest avant la chute du Mur. Le traité 2+4 sur l'unification avait fixé un plafond à 370 000 soldats. Aujourd'hui, l'armée allemande est tombée à 180 000 hommes. C'est une « armée de patrouilles », incapable de dominer militairement l'Europe, même si elle le souhaitait.

De plus, cette réorganisation fait l'objet de vifs débats internes. Beaucoup se demandent si les investissements actuels dans les chars ou les navires sont pertinents à l'ère des drones et de la robotisation, craignant que l'Allemagne ne passe à côté des mutations de la guerre moderne. Aucun analyste ou média sérieux en Allemagne ne théorise une Europe qui devrait « danser sur la musique de la Germania ». La priorité reste de dissuader ce qui est perçu comme l'impérialisme russe, et non d'abandonner la retenue pour imposer un leadership martial.

La faiblesse économique et budgétaire française permet-elle désormais à Berlin d’imposer plus facilement ses priorités ?

L'Allemagne bénéficie d'une présence très forte au Parlement européen et au sein de la Commission, ce qui lui permet d'imprimer son rythme. Pour autant, aucun pays ne domine l'Union européenne : les mécanismes institutionnels créés depuis les années 1950 ont été conçus pour l'empêcher.

Certes, la situation financière de la France est extrêmement préoccupante. La France est aujourd'hui le pays d'Europe qui paie le plus cher pour financer sa dette à long terme : elle se refinance sur les obligations à 10 ans à des taux supérieurs à ceux de la Grèce ou de l'Italie. D'ici 2027-2029, le service de la dette deviendra le premier poste du budget français, dépassant le budget des Armées. Les marchés traduisent là une défiance marquée.

Mais l'Allemagne n'est pas exempte de fragilités budgétaires : elle dépasse elle-même désormais le seuil de 60 % de dette publique fixé par les critères de Maastricht. Cela est dû aux investissements massifs requis pour la défense, mais aussi pour rénover ses infrastructures publiques (ponts, réseaux ferroviaires) qui ont souffert d'un sous-investissement chronique et datent pour certaines du IIIᵉ Reich ou d'avant. Berlin ne dispose donc pas d'une marge de manœuvre illimitée pour dicter sa loi à l'Europe.

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Hans STARK

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Conseiller pour les relations franco-allemandes à l'Ifri